L’explosion démographique à Kinshasa, passée de 400 000 à plus de 15 millions d’habitants en six décennies, asphyxie littéralement la capitale congolaise. Une véritable bombe à retardement écologique, où les montagnes de déchets côtoient les inondations récurrentes et une mobilité urbaine paralysée. Face à cette urgence, une lueur d’espoir émerge avec le lancement du programme GCIEP (Green City Integrated Empowerment Program), fruit d’une coopération britannique RDC historique. Ce projet pilote, présenté ce lundi, se présente comme un plan de sauvetage pour transformer Kinshasa en une véritable Kinshasa ville verte.
Contrairement aux études qui dorment dans les tiroirs, le GCIEP se veut résolument opérationnel. Il repose sur le concept de « Quick Wins » : des solutions rapides mais durables, testées dans des quartiers précis avant un déploiement à grande échelle. L’objectif est triple et cible les plaies ouvertes de la mégalopole : une gestion des déchets Kinshasa repensée de fond en comble, une mobilité urbaine fluidifiée et une lutte efficace contre les inondations Kinshasa. La ville, en proie à des épisodes pluvieux dévastateurs, peut-elle enfin respirer ?
Peter, chargé de missions à l’Ambassade britannique, insiste sur l’approche innovante du projet. « Il ne s’agit pas d’imposer des solutions toutes faites, mais de collaborer avec les institutions locales pour répondre aux besoins réels du terrain », explique-t-il. Cette collaboration est le socle d’un modèle conçu pour être reproductible. Une fois validé, ce schéma d’action pourra essaimer dans d’autres quartiers de la capitale, voire dans d’autres villes congolaises confrontées aux mêmes défis d’urbanisation sauvage.
Mais derrière l’urgence des « Quick Wins » se cache un travail de fond colossal. Tom Kisenda, coordonnateur de la Cellule de Développement Urbain de Kinshasa (CDUK), met en garde contre toute attente de miracle instantané. « Gérer les déchets, la mobilité et le drainage demande un grand travail en amont. Sans cette planification, on ne saura pas trouver de solutions durables », alerte-t-il. Son propos souligne un défi majeur : s’attaquer non pas seulement aux symptômes, mais aux causes profondes de la crise environnementale kinoise. L’assainissement et la lutte contre les inondations nécessitent une refonte totale des systèmes de drainage, aujourd’hui dépassés et souvent obstrués par des tonnes de plastique.
Le succès de cette transition verte repose sur un pari : l’appropriation du programme par les autorités congolaises. Les partenaires britanniques l’ont bien compris. Cette appropriation est la clé pour instaurer une confiance capable d’attirer les investissements futurs. Car transformer Kinshasa a un coût. Le programme GCIEP agit comme un catalyseur, une preuve par l’action que des solutions existent. En démontrant leur efficacité sur le terrain, il ouvre la voie à des financements plus larges, essentiels pour une métamorphose à l’échelle de la gigantesque capitale.
Les défis sont à la mesure de la ville. Comment résorber les dépotoirs sauvages qui ponctuent le paysage urbain ? Comment désengorger des artères saturées par un trafic chaotique ? Comment protéger les habitations précaires des ravages des eaux de pluie ? Le programme apporte une réponse structurée et partenariale à ces questions vitales. Il marque une étape cruciale vers la résilience, visant à améliorer durablement la qualité de vie des millions de Kinois qui étouffent au quotidien.
La forêt de béton kinoise, née d’une croissance anarchique, peut-elle reverdir ? L’initiative prouve que la volonté politique, couplée à une expertise ciblée et des actions concrètes, peut inverser la tendance. L’enjeu dépasse le simple cadre environnemental ; il est social, économique et humain. La mise en œuvre réussie de ce projet pilote sera le premier signal fort que Kinshasa peut entamer sa mue pour devenir un modèle de ville africaine durable, où l’homme et son environnement ne sont plus en guerre mais en harmonie retrouvée. Le compte à rebours est lancé.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
