La salle de conférence du My Royal Hôtel à Butembo a servi de cadre, ce samedi 21 février 2026, à une analyse sans concession des dynamiques géopolitiques qui secouent l’Est de la République démocratique du Congo. Devant un parterre d’étudiants attentifs, l’ancien député national de Goma, Jean-Baptiste Kasekwa, a décortiqué les ressorts des accords de Washington et des accords de Doha, pointant du doigt ce qu’il qualifie de déséquilibre dangereux et de biais structurel en défaveur de Kinshasa. Cette intervention, organisée par la Faculté des sciences politiques de l’Université catholique du Graben, a surtout mis en lumière le sentiment d’injustice qui prévaut face à une communauté internationale dont les mécanismes semblent, selon l’orateur, favoriser l’agresseur.
Le constat posé par Jean-Baptiste Kasekwa est sévère. Pour le secrétaire général adjoint de l’ECIDé, ces accords, censés apporter la paix dans une région meurtrie par les activités du M23 RDC et des ADF Nord-Kivu, sont en réalité porteurs de sérieux dangers pour la souveraineté congolaise. Le processus de Doha, en particulier, est vivement critiqué pour avoir inversé les rôles, présentant la RDC, victime d’une agression prolongée, comme une menace pour la stabilité régionale. « La RDC présentée comme une menace est un point inacceptable », a-t-il martelé, soulignant le caractère surréaliste d’une telle narration alors que les populations de l’Est fuient les avancées de groupes soutenus de l’extérieur.
L’analyse s’est ensuite portée sur une disposition phare des pourparlers : la neutralisation des FDLR dans un délai de trois mois, conditionnant le retrait des troupes rwandaises. Jean-Baptiste Kasekwa s’est insurgé contre cette clause, la jugeant non seulement irréaliste mais aussi profondément injuste. « Qualifier la présence des forces rwandaises sur notre sol de simple mesure défensive est inacceptable », a-t-il déclaré, avant de poser une question rhétorique : comment Kinshasa pourrait-il désarmer un groupe dans des zones actuellement occupées par l’armée rwandaise et le M23 ? Cette équation impossible ne sert-elle pas, in fine, à légitimer une occupation déguisée ? Il a ainsi appelé le Parlement congolais à interpeller le gouvernement pour exiger des preuves tangibles de ces accusations avant tout engagement supplémentaire.
Face à ce qu’il perçoit comme un rapport de force désavantageux, l’ancien élu a proposé une stratégie de contre-pied audacieuse. Pour rééquilibrer la balance, la RDC devrait, selon lui, conditionner la mise en œuvre de certains accords économiques, notamment les contrats miniers sollicités par Washington, au retrait immédiat et vérifiable des troupes étrangères de son territoire. Cette approche viserait à utiliser le levier économique comme monnaie d’échange diplomatique, forçant les partenaires internationaux à choisir clairement leur camp. Le président et son gouvernement jouent-ils suffisamment de cette carte dans leurs négociations ? La question reste ouverte, mais Jean-Baptiste Kasekwa estime que c’est par de telles pressions ciblées que Kinshasa peut retrouver une position de force.
La critique s’est également étendue à d’autres angles morts des accords. L’orateur a fustigé la proposition d’une force intérimaire intégrant à 50% des membres de l’AFC/M23, y voyant un obstacle majeur au retour sécurisé des millions de déplacés de l’Est. Par ailleurs, l’assimilation des groupes d’autodéfense locaux, les Wazalendo, à de simples supplétifs des FDLR a été rejetée avec fermeté. Leur démobilisation, a-t-il plaidé, interviendra naturellement une fois la menace étrangère écartée. Enfin, un silence assourdissant a été dénoncé : celui qui entoure les milliers de victimes civiles congolaises, purement et simplement ignorées par les textes de Washington et de Doha.
En conclusion, Jean-Baptiste Kasekwa a qualifié l’ensemble du processus de « dangereux » pour l’avenir du pays. Il a lancé un appel solennel à la mobilisation des forces vives de la nation – société civile, universités, parlement – pour interpeller les partenaires internationaux par une lettre ouvenue et exiger une révision fondamentale des termes de l’engagement. Son plaidoyer insiste sur la nécessité pour les États-Unis de s’impliquer concrètement dans la traque des ADF, une condition sine qua non, selon lui, pour envisager une coopération économique durable et apaisée. Cette conférence à Butembo aura donc servi de catalyseur à une prise de conscience : face à des accords perçus comme biaisés, la RDC doit urgemment reprendre l’initiative narrative et diplomatique, sous peine de voir sa souveraineté durablement entamée.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
