La République démocratique du Congo est à la croisée des chemins. Alors que la crise sécuritaire dans les provinces de l’Est continue de saigner le pays, une question cruciale agite l’espace public : faut-il convoquer un dialogue national inclusif pour trouver une issue pacifique ? Selon une récente étude réalisée par Sondage Les Points, l’opinion publique congolaise répond majoritairement par l’affirmative, mais avec une réserve de taille qui en dit long sur les traumatismes du passé. En effet, près de sept Congolais sur dix (68 %) se prononcent en faveur de la tenue de telles assises, voyant en elles l’unique espoir de ramener la paix Est Congo. Ce plébiscite masque toutefois une méfiance profonde : 60 % des partisans du dialogue inclusif redoutent que celui-ci ne se transforme, une fois de plus, en une simple opération de partage du pouvoir politique entre élites, au détriment des attentes populaires.
Ce soutien teinté de scepticisme constitue un message clair adressé à la classe politique. La population, exaspérée par des décennies de violence, place la cessation des hostilités et la protection de l’intégrité territoriale au-dessus de toute autre considération. Les questions de gouvernance ou de répartition des rôles institutionnels, souvent au cœur des négociations, apparaissent reléguées au second plan dans les priorités citoyennes. Le peuple congolais aspire-t-il à un vrai débat de fond, ou se résigne-t-il à une formule éprouvée, en espérant que cette fois sera la bonne ? La crainte exprimée par la majorité des sondés n’est pas anodine ; elle est nourrie par l’héritage des multiples dialogues organisés depuis l’indépendance, lesquels ont souvent abouti à de fragiles accords de partage du « gâteau » étatique, sans régler les causes structurelles des conflits.
Dans ce contexte, le sondage dialogue national RDC révèle également une fracture significative. Une frange non négligeable de 25 % de la population s’oppose farouchement à l’idée même d’un dialogue, privilégiant une solution purement militaire pour venir à bout des groupes armés. Cette position, minoritaire mais ferme, reflète une certaine lassitude face à des processus de médiation perçus comme inefficaces ou interminables. Certains dans cette mouvance préconisent de s’en tenir aux canaux diplomatiques déjà engagés, comme les accords de Washington ou le processus de Doha, plutôt que de disperser les efforts dans de nouvelles initiatives régionales. L’initiative de Luanda, par exemple, est jugée peu concluante par ses détracteurs. Cette divergence de vues au sein de la société congolaise illustre la difficulté à trouver un consensus sur la méthode, alors que l’objectif de paix semble universellement partagé.
Quelles sont les implications politiques de cette étude ? D’abord, elle légitime la pression croissante pour l’organisation d’un dialogue, tout en posant un garde-fou moral aux éventuels participants. Les dirigeants congolais et les parties prenantes à la crise ne peuvent ignorer ce verdict populaire : la population veut la paix, mais elle ne veut pas d’un marché de dupes. Le risque est de voir ces assises, si elles ont lieu, se transformer en une coûteuse mise en scène où les enjeux de pouvoir étoufferaient les véritables discussions sur la sécurité et le développement. Le président et son gouvernement jouent donc gros. Une réussite pourrait consolider leur autorité et ouvrir une nouvelle page ; un échec, perçu comme un nouvel arrangement entre initiés, pourrait durablement miner leur crédibilité et attiser le mécontentement.
Enfin, la frange abstentionniste (7 %) ne doit pas être sous-estimée. Son silence pourrait traduire une défiance envers l’ensemble du système politique, un sentiment d’impuissance, ou simplement un manque d’informations. Elle rappelle que tout processus de dialogue inclusif doit également travailler à regagner la confiance de ceux qui se sentent exclus ou désillusionnés. Alors que les tractations se multiplient en coulisses, le défi sera de concevoir un format qui échappe aux écueils du passé. Les Congolais auront-ils finalement le dialogue qu’ils méritent, centré sur leurs aspirations à la paix Est Congo, ou assisteront-ils impuissants à une nouvelle redistribution des cartes politiques ? La balle est désormais dans le camp des acteurs nationaux et internationaux. Le temps n’est plus aux manœuvres mais à l’action responsable, sous le regard vigilant d’une opinion publique congolaise à la fois espérante et désabusée.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
