La reprise progressive du trafic lacustre sur le lac Tanganyika agit comme un puissant stimulant pour l’économie locale d’Uvira, au Sud-Kivu. Après des mois de paralysie dus à l’occupation de la ville par la rébellion du M23 jusqu’en décembre 2025, les quais recommencent à s’animer. Cette reprise des échanges commerciaux par voie d’eau n’est pas qu’un symbole ; elle se traduit par un afflux tangible de marchandises sur les étals, marquant un tournant économique crucial pour la région. Les produits en provenance de Tanzanie, de Zambie, mais aussi de Kalemie et Moba dans le Tanganyika, inondent désormais les marchés, comblant un déficit criant.
Quels sont les effets concrets de cette réouverture des voies commerciales ? En premier lieu, la disponibilité retrouvée de biens essentiels. La farine de blé, les jus et les poissons salés, qui étaient devenus rares et onéreux, sont à nouveau accessibles. Cette normalisation de l’offre exerce une pression à la baisse sur les prix, offrant un répit immédiat au pouvoir d’achat des ménages, le fameux « panier de la ménagère » qui avait connu des soucis majeurs. Pour les consommateurs comme Bwija Kelvin, cette fluidité restaurée des échanges entre Kalemie et Uvira est un « véritable soulagement », bénéfique également pour les localités environnantes comme Baraka.
Cependant, le paysage économique post-conflit reste fragile. Si la reprise du trafic lacustre est un signal positif indéniable, elle se heurte à un obstacle de taille dénoncé par les opérateurs économiques : la pression fiscale. Des importateurs comme Mayani Robert, qui font revenir des jus de Tanzanie, expriment une satisfaction mitigée. Ils saluent la fin du confinement économique imposé par les rebelles et le pillage de leurs dépôts, mais plaident vigoureusement pour un allègement des taxes à l’importation. Leur argument ? Uvira, sévèrement éprouvée par les événements, mériterait d’être déclarée ville sinistrée, ouvrant droit à un accompagnement spécifique et à un régime fiscal allégé pour une relance durable.
Cette requête soulève une question économique fondamentale : comment concilier la nécessité pour l’État de percevoir des recettes douanières avec l’impératif de reconstruire un tissu entrepreneurial détruit ? La taxation des importations, si elle n’est pas adaptée au contexte post-crise, risque d’étouffer dans l’œuf la reprise économique naissante. Les opérateurs, moteurs essentiels de la revitalisation des marchés, pourraient voir leur marge bénéficiaire absorbée par ces prélèvements, limitant leur capacité à investir et à reconstituer leurs stocks. Le défi des autorités provinciales et nationales sera donc de trouver un équilibre délicat pour que la reprise du trafic lacustre sur le lac Tanganyika ne profite pas seulement à la consommation à court terme, mais irrigue durablement l’ensemble du circuit économique local.
L’impact économique du retrait du M23 se mesure ainsi au quotidien dans les rues d’Uvira. La circulation des biens est le premier baromètre de la normalisation. Pourtant, la résilience de cette reprise dépendra des politiques publiques mises en œuvre. Une fiscalité adaptée pourrait agir comme un catalyseur, transformant le flux actuel de produits importés au Sud-Kivu en un cercle vertueux de création de richesse. À l’inverse, un maintien rigide des barrières tarifaires pourrait freiner l’élan et perpétuer une vulnérabilité économique. L’avenir du commerce transfrontalier et lacustre dans la région des Grands Lacs passe par Uvira, et les décisions prises aujourd’hui en matière de taxes à l’importation dessineront le visage économique de la ville de demain.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
