La réunion de haut niveau sur la cohérence et la consolidation du processus de paix en République démocratique du Congo, tenue à Lomé les 16 et 17 janvier 2026, a bénéficié du soutien public de la France. Cette initiative, pilotée par le médiateur principal de l’Union africaine pour l’Est de la RDC, le Togolais Faure Essozimna Gnassingbé, visait à renforcer la confiance et le dialogue entre les parties. Pourtant, cette tentative de donner un nouvel élan à la médiation Union africaine RDC se heurte à la réalité d’un paysage diplomatique fragmenté, où les processus de Washington et de Doha captent l’essentiel de l’attention et des ressources.
Quel avenir pour la paix dans l’Est congolais alors que les initiatives se multiplient sans convergence évidente ? La réunion paix Lomé RDC a réuni un panel d’anciens chefs d’État, des représentants des communautés économiques régionales (CAE et SADC) et le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey. L’objectif affiché était de créer une architecture africaine unifiée, placée sous l’égide de l’UA, et de clarifier le rôle d’un secrétariat conjoint chargé d’appuyer les facilitateurs. Cependant, à l’issue des travaux, aucune nouvelle initiative concrète n’a été annoncée. Les participants se sont contentés de décider du renforcement de la médiation en 2026 par la désignation de cinq cofacilitateurs, tous d’anciens présidents africains.
La réaction du ministre français Jean-Noël Barrot sur les réseaux sociaux, exprimant le « plein soutien » de la France à cette initiative et appelant à une « désescalade immédiate », illustre le soutien France paix RDC. Paris positionne ainsi son appui dans la continuité de la conférence qu’elle avait organisée en novembre 2025 pour mobiliser la communauté internationale sur l’urgence humanitaire. « Les engagements pris à Paris le 30 octobre seront tenus », a assuré le chef de la diplomatie française, cherchant à crédibiliser cette dynamique. Mais ce soutien européen suffira-t-il à contrebalancer l’influence d’autres acteurs ?
En effet, la réunion paix Lomé RDC peine à s’imposer face au processus de paix Washington RDC, qui reste le canal principal pour traiter le différend bilatéral entre Kinshasa et Kigali. Malgré la caution apportée par l’ancien président américain Donald Trump et la signature formelle d’accords par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la mise en œuvre est laborieuse. Les accusations mutuelles de mauvaise foi persistent, et la situation militaire sur le terrain ne reflète pas les avancées diplomatiques espérées. Parallèlement, les discussions de Doha entre le gouvernement congolais et la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda, sont dans l’impasse. Les accords-cadres signés, notamment sur le cessez-le-feu et la réintégration, attendent toujours une application concrète, laissant les populations dans l’incertitude.
Cette multiplication des cadres de dialogue – Lomé, Washington, Doha – ne contribue-t-elle pas à la confusion plutôt qu’à la résolution du conflit Est RDC diplomatie ? Chaque processus possède ses propres facilitateurs, sa feuille de route et ses partenaires, risquant de diluer les responsabilités et de permettre aux parties de jouer une médiation contre une autre. La mission de Faure Gnassingbé, qui succède à l’Angolais João Lourenço comme médiateur de l’UA, est précisément de tenter d’harmoniser ces efforts, en coordination avec les processus fusionnés de Luanda et de Nairobi. Les prochaines missions des cofacilitaires à Kinshasa, Kigali, Kampala et Gitega seront un premier test de cette volonté de coordination.
Le défi est immense. La communauté internationale, à travers ces différents canaux, semble reconnaître l’urgence de la situation humanitaire et sécuritaire. Cependant, la fragmentation de la réponse diplomatique constitue un frein majeur. Pour que la médiation Union africaine RDC portée par Lomé trouve sa pertinence, elle devra démontrer sa capacité à créer une synergie réelle entre Washington, Doha et les initiatives régionales, et non à ajouter une simple couche supplémentaire de discussions. La crédibilité de l’ensemble de l’édifice diplomatique repose sur la capacité à transformer les signatures en actes et les discours en amélioration tangible de la sécurité des civils. L’avenir de la paix dans la région des Grands Lacs dépendra de cette capacité à unifier les paroles et les actions.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
