Une opération d’envergure contre les bandes criminelles urbaines a marqué le début de l’année 2026 à Kinshasa. Pas moins de 464 individus, majoritairement identifiés comme des Kulunas, ont été interpellés par les forces de sécurité en quelques jours. Ce coup de filet massif, orchestré dans le cadre d’une campagne nationale de sécurisation des festivités de fin d’année, illustre la détermination des autorités à reprendre le contrôle des quartiers.
Le constat des résultats a été effectué en personne, ce jeudi 1er janvier, par le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani Lukoo. Lors d’une tournée d’inspection dans plusieurs commissariats de la capitale, le ministre a pu mesurer l’ampleur des premières arrestations. Cette visite sur le terrain vise-t-elle à galvaniser les troupes ou à envoyer un message de fermeté à la population ? Les deux objectifs semblent indissociables.
Le bilan, communiqué par le ministère de l’Intérieur et Sécurité, est sans appel. La commune de Masina, dans le district de la Tshangu, arrive en tête avec un chiffre éloquent de 242 interpellations. Ce foyer de criminalité urbaine concentre à lui seul plus de la moitié des arrestations effectuées dans la capitale. Loin derrière, mais avec des scores significatifs, suivent les communes de Limete (56 interpellations), Kalamu (51), Mont-Ngafula (45), Gombe – précisément au Camp Lufungula – (environ 40), et Kintambo (30).
Cette opération sécurité fin d’année ne se limite pas à une action ponctuelle. Selon les déclarations officielles, elle s’inscrit dans une dynamique durable de renforcement de la lutte contre la criminalité. L’objectif affiché est double : protéger les populations et leurs biens, tout en restaurant un sentiment de sécurité souvent mis à mal par les activités des gangsters urbains. La stratégie repose sur une présence accrue et des interventions ciblées dans les zones identifiées comme sensibles.
Fait notable, le dispositif dépasse largement le cadre de Kinshasa. L’opération, qui doit s’étendre sur l’ensemble du territoire national, est déjà déployée dans dix des vingt-six provinces que compte la République Démocratique du Congo. Cette généralisation progressive témoigne d’une volonté de traiter le phénomène des Kulunas et de la criminalité Kinshasa comme un problème national, nécessitant une réponse coordonnée et uniforme. La délinquance urbaine, souvent perçue comme un mal local, est-elle en train d’être reconsidérée comme un enjeu de sécurité publique majeur ?
Les arrestation gangsters urbains massives posent cependant plusieurs questions. Quelle sera la suite judiciaire réservée à ces centaines d’individus interpellés ? Le système carcéral et judiciaire congolais est-il en mesure d’absorber un tel afflux et de garantir des procès équitables ? Par ailleurs, l’approche purement répressive suffira-t-elle à tarir le recrutement des bandes, souvent nourri par la précarité économique et le chômage des jeunes ?
L’action du ministre Shabani Lukoo, en se rendant directement dans les commissariats, cherche sans doute à démontrer l’engagement personnel des plus hautes sphères de l’État dans cette bataille. Cette visibilité est un élément clé de la communication gouvernementale en matière de sécurité. Elle vise à rassurer les citoyens, tout en rappelant aux agents sur le terrain que leurs actions sont scrutées et soutenues.
L’efficacité à long terme de cette campagne reste à évaluer. Les opérations coup de poing peuvent nettoyer temporairement l’espace public, mais la pérennité des résultats dépendra de la capacité à mettre en place des politiques sociales et économiques parallèles. La lutte contre les Kulunas Kinshasa et ailleurs ne se gagnera pas seulement dans les rues par des interpellations, mais aussi en offrant des alternatives viables à une jeunesse en perte de repères. Le défi sécuritaire est, in fine, un défi de développement.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
