Alors que les fêtes de fin d’année sont censées être une période de trêve et de réflexion, le mouvement politico-militaire Alliance Fleuve Congo/M23 a choisi de lancer un réquisitoire cinglant contre le pouvoir de Kinshasa. Le coordonnateur politique du groupe, Corneille Nangaa, a accusé l’État congolais de saborder délibérément le processus de Doha en privilégiant l’option militaire comme unique réponse à la crise sécuritaire dans l’Est du pays. Cette sortie, loin d’être un simple vœu pieux, dresse un portrait au vitriol d’un régime accusé de duplicité et d’une dérive autoritaire inquiétante.
Le cœur des accusations porte sur le blocage des pourparlers sous médiation qatarie. Selon Nangaa, Kinshasa aurait systématiquement boycotté les réunions d’évaluation du cessez-le-feu, transformant les engagements de Doha en un « écran de fumée ». Cette stratégie, dénonce-t-il, ne servirait qu’à gagner du temps pour se réarmer et se réorganiser militairement. « Le régime de Kinshasa a démontré que les accords n’étaient pour lui qu’un simple repli tactique », a-t-il asséné, réaffirmant la volonté de l’AFC/M23 de poursuivre la voie du dialogue. Cette inertie calculée questionne la réelle volonté politique de résoudre le conflit par des moyens autres que la force. Jusqu’où le gouvernement est-il prêt à aller dans cette escalade ?
Plus grave encore, l’ancien président de la CENI a pointé du doigt la normalisation d’un discours de haine qu’il qualifie de « doctrine d’État ». Ce discours, affirme-t-il, n’est plus marginal mais assumé, porté par les plus hautes sphères du pouvoir et relayé par les médias publics. Il ciblerait méthodiquement les Congolais d’expression kinyarwanda, particulièrement les Tutsis, et s’étendrait désormais aux Swahiliphones, les désignant comme des « ennemis de l’intérieur ». Ces accusations, extrêmement lourdes, peignent un tableau d’une société en proie à une fracture ethnique soigneusement entretenue, où la division deviendrait un instrument de gouvernance.
Cette logique de division, selon Nangaa, a contaminé l’institution censée incarner l’unité nationale : l’armée. Il dénonce une « purge ethnico-tribale » en son sein, détruisant la cohésion nationale et transformant l’outil de défense en « instrument de suspicion et d’exclusion ». Le mépris du pouvoir envers ses propres forces serait tel que le président Félix Tshisekedi les aurait qualifiées, selon les dires du coordonnateur de l’AFC/M23, d’« armée de clochards ». Une telle diatribe, si elle est avérée, révèlerait une fracture profonde et dangereuse entre le commandement politique et ses troupes sur le terrain, fragilisant davantage la réponse à l’insécurité.
Cette situation de blocage et d’accusations mutuelles intervient dans un contexte de processus de paix enlisé. Si l’implication de l’ancien président américain Donald Trump avait donné un semblant d’élan au processus de Washington, aboutissant à des accords entre Kinshasa et Kigali, les discussions de Doha – cruciales pour aborder les causes profondes du conflit comme la restauration de l’autorité de l’État – sont au point mort. Cette paralysie a créé un vide propice à la reprise des combats, comme l’a illustré la prise éphémère d’Uvira par l’AFC/M23. Le retrait annoncé de la rébellion de cette ville, présenté comme un geste pour la paix, semble être un calcul tactique pour mettre la pression sur Kinshasa et la communauté internationale, les forçant à relancer des négociations substantielles.
En définitive, le message de fin d’année de l’AFC/M23 est moins une offre de paix qu’un miroir tendu à Kinshasa. Il expose une stratégie de pourrissement délibéré, où l’option militaire et la division ethnique primerait sur une solution politique inclusive. Le régime de Félix Tshisekedi joue-t-il un jeu dangereux en semblant privilégier la confrontation sur tous les fronts ? La communauté internationale, souvent muette selon Nangaa, pourra-t-elle se contenter indéfiniment d’appels au calme sans exiger des comptes sur le respect des engagements pris, tant à Washington qu’à Doha ? L’enlisement actuel, nourri par la défiance et la rhétorique toxique, ne fait qu’approfondir les racines d’une crise sécuritaire dont les civils paient, une fois de plus, le prix ultime. La balise est désormais dans le camp de Kinshasa : prouver, par des actes concrets, que sa stratégie va au-delà du champ de bataille et du discours de haine.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
