Alors que les salles de classe devraient résonner du bruit des leçons, un silence inquiétant règne depuis vendredi dans les écoles d’Idiofa, dans la province du Kwilu. La colère des enseignants, lassés par des mois de promesses non tenues, a débouché sur une manifestation enseignants Kwilu qui a tourné à la confrontation avec les forces de l’ordre. La paralysie du système éducatif local et l’arrestation de deux professeurs cristallisent une crise plus large qui touche de nombreux fonctionnaires en République Démocratique du Congo.
Comment expliquer une telle défiance ? La réponse est simple, et pourtant récurrente : le salaires non payés RDC. En l’occurrence, il s’agit des traitements du mois d’octobre, que les personnels de l’éducation attendent toujours. L’intersyndicale des enseignants avait pourtant adressé un ultimatum de 48 heures à la banque en charge des paiements. Son expiration, vendredi dernier, a sonné comme un coup de starter pour le mouvement de protestation. Dès lors, il était prévisible que la grogne se transforme en action concrète.
« Je demande aux autorités de libérer les enseignants et de comprendre la situation. La revendication est légitime », a déclaré avec fermeté Gilbert Empom, président de l’intersyndicale. Son intervention, recueillie par notre rédaction, met en lumière l’absurdité de la situation. « Parce qu’il n’y a pas de raison pour que ce salaire-là ne soit pas payé. C’est depuis le 28 du mois écoulé qu’ils ont reçu l’argent pour nous payer. Nous nous retrouvons au mois de décembre. » Ce témoignage direct d’un acteur clé du mouvement souligne le décalage entre les engagements pris à Kinshasa et la réalité vécue sur le terrain dans des régions comme le Kwilu.
La conséquence immédiate de cette impasse est la grève éducation Idiofa qui a totalement paralysé les activités scolaires du chef-lieu du territoire. Les enseignants, unis dans l’action, ont pris la décision collective de ne pas reprendre le chemin des salles de classe tant que leurs droits élémentaires ne seront pas respectés. Cette décision, aussi radicale soit-elle, pose une question fondamentale : comment peut-on exiger d’un corps professoral qu’il forme les futures générations sans lui garantir des conditions de vie décentes et le paiement régulier de son travail ?
L’épisode le plus marquant de cette journée de mobilisation reste l’arrestation de deux collègues par la Police nationale congolaise. Les circonstances de l’interpellation des enseignants arrêtés Idiofa restent floues, alimentant l’incompréhension et la colère. Des sources locales évoquent une tentative d’altercation qui aurait été « étouffée » au siège des institutions du territoire, démontrant la tension palpable entre manifestants et forces de l’ordre. Cette judiciarisation d’un mouvement social lié à des revendications salariales interroge sur la gestion du dialogue social dans la région.
Ces actualités Kwilu enseignement ne sont malheureusement pas isolées. Elles s’inscrivent dans un schéma plus large de dysfonctionnements administratifs et de lenteurs dans le traitement des dossiers de paiement des agents de l’État, en particulier dans les zones éloignées de la capitale. À chaque retard, ce sont des familles entières qui se retrouvent en situation de précarité, et c’est la crédibilité même de l’institution scolaire qui est érodée. La grève à Idiofa sert de signal d’alarme pour les autres territoires qui pourraient connaître le même sort si des solutions durables ne sont pas apportées.
À court terme, la balle est dans le camp des autorités provinciales et nationales. La libération des deux enseignants, réclamée sans condition par leur syndicat, apparaît comme un préalable indispensable à toute négociation. Mais au-delà de ce geste, c’est un mécanisme de paiement fiable et transparent qu’il faut instaurer. L’éducation est présentée comme une priorité nationale ; elle doit se traduire par un traitement digne et ponctuel de ceux qui en sont les piliers au quotidien. Sans cela, le risque est grand de voir se multiplier des mouvements de contestation, affaiblissant encore un peu plus un secteur déjà fragile et pourtant essentiel pour l’avenir du pays.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
