La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a placé la prévention des risques météorologiques au cœur des priorités gouvernementales lors de la 66ᵉ réunion du Conseil des ministres. Face aux prévisions alarmantes de la saison des pluies 2025, la cheffe du gouvernement congolais a sonné la mobilisation générale, consciente que l’inaction pourrait coûter cher à sa crédibilité politique autant qu’aux populations vulnérables.
Les dernières données de l’Agence nationale de météorologie et de télédétection par satellite (Mettelsat) dressent un tableau préoccupant : la République Démocratique du Congo s’apprête à affronter une saison des pluies à haut risque, avec un potentiel d’inondations susceptible de reproduire, voire d’amplifier, les catastrophes environnementales de l’année précédente. Dans ce contexte, la Première ministre joue son va-tout en imposant une approche proactive, rompant avec la tradition réactive qui a souvent caractérisé la gestion des crises précédentes.
« Face à l’impératif d’agir de manière coordonnée et préventive », a-t-elle insisté devant l’assemblée ministérielle, la coordination interministérielle devient la clé de voûte de la stratégie gouvernementale. Le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité se voit ainsi confier la lourde tâche de produire un cadre opérationnel actualisé d’analyse des risques et de contingence. Cette décision s’inscrit dans le prolongement de la politique nationale de gestion des risques et des catastrophes adoptée seulement une semaine plus tôt, lors de la 65ᵉ réunion du Conseil des ministres.
Mais la véritable épine dans le pied du gouvernement reste l’urbanisation anarchique de Kinshasa. Judith Suminwa l’a bien compris en chargeant le ministre d’État en charge de l’Urbanisme et de l’Habitat, en collaboration avec le gouverneur de la ville, d’accélérer les démolitions sur les sites non aedificandi et le curage des caniveaux. Ces mesures, si elles sont effectivement mises en œuvre, pourraient-elles suffire à contenir la menace des inondations à Kinshasa ? La question mérite d’être posée, tant les causes structurelles du phénomène semblent profondément enracinées.
L’urgence est d’autant plus palpable que le gouvernement s’est engagé à finaliser les travaux de voirie dans la capitale d’ici décembre 2025. Pour respecter ce calendrier ambitieux, la Première ministre a imposé un délai de 72 heures aux ministres des Infrastructures et des Finances pour faire le point sur la situation de paiement des entreprises prestataires. Une pression salutaire ou contre-productive ? L’avenir le dira, mais cette impatience affichée traduit une conscience aiguë des enjeux politiques liés à la gestion des catastrophes naturelles.
Les inondations demeurent en effet un fléau récurrent à Kinshasa, où chaque épisode pluvieux intense se transforme en drame humain et matériel. Le bilan de la mi-juin 2025 – 29 morts selon le compte officiel – reste en mémoire collective et pèse lourdement sur la légitimité des autorités. Les experts pointent du doigt une urbanisation incontrôlée, des constructions dans des zones à risque, un système de drainage insuffisant et l’accumulation des déchets obstruant les caniveaux. Autant de problèmes structurels que des mesures d’urgence, si nécessaires soient-elles, ne sauraient résoudre à elles seules.
La saison des pluies en RDC représente donc un véritable test de crédibilité pour le gouvernement Suminwa. Entre les impératifs de gestion immédiate des risques météorologiques et la nécessité de s’attaquer aux causes profondes des inondations, la marge de manœuvre apparaît étroite. La Première ministre parviendra-t-elle à transformer l’essai et à démontrer que l’État congolais peut anticiper plutôt que subir ? La réponse se jouera dans les semaines à venir, au rythme des premières précipitations et de la capacité des institutions à traduire les déclarations d’intention en actions concrètes.
Les prochains conseils des ministres devront impérativement faire le point sur l’avancement des mesures annoncées, sous peine de voir la confiance des populations s’éroder davantage. Car dans la gestion des risques météorologiques au Congo, comme en politique, le diable se niche souvent dans les détails de mise en œuvre.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
