Le bourbier s’étend à perte de vue, engloutissant progressivement les énormes remorques chargées de denrées vitales. Sur la route Makana-Losso, dans le territoire de Walikale, 34 poids lourds sont prisonniers de la boue depuis plus de quinze jours. « Nous sommes devenus des naufragés de la route », témoigne Jean-Bosco, chauffeur de son état, la voix empreinte de lassitude.
Comment en est-on arrivé à cette situation catastrophique ? La nationale numéro 3, artère économique cruciale reliant Kisangani au reste du Nord-Kivu, se transforme en cauchemar pendant chaque saison des pluies. Mais cette année, la dégradation atteint des niveaux sans précédent. Les pluies diluviennes ont transformé ce tronçon en succession de marécages impraticables, piégeant hommes et marchandises dans un étau de boue et de découragement.
« Chaque jour d’immobilisation représente une perte sèche pour nous et les propriétaires des marchandises », déplore Samuel, un autre chauffeur bloqué sur place. « Nos familles attendent là-bas, nos enfants doivent aller à l’école, mais nous voilà condamnés à l’immobilité dans cette forêt. » Le désespoir se lit dans les yeux de ces routiers qui voient leurs revenus s’évaporer jour après jour.
La situation dépasse le simple cadre des désagréments professionnels. Ces véhicules transportent des denrées essentielles pour les populations du Nord-Kivu : nourriture, médicaments, matériaux de construction. Les conséquences de ce blocage risquent de se faire sentir bien au-delà de cette route dégradée, affectant l’approvisionnement de toute une région déjà vulnérable.
Face à cette crise, les appels se multiplient vers les autorités compétentes. « Nous lançons un cri du cœur aux attributaires de cet axe routier », insiste un représentant des chauffeurs. « La réhabilitation de la route Makana-Losso n’est plus un luxe, mais une nécessité absolue pour la survie économique de notre région. »
Cette situation met en lumière les défis persistants des infrastructures routières en RDC. Comment expliquer qu’un axe aussi stratégique que la nationale 3 puisse être laissé dans un état aussi précaire ? La question de l’entretien régulier des routes secondaires se pose avec acuité, alors que des milliers de Congolais dépendent de ces voies de communication pour leurs activités économiques.
Les transporteurs marchandises Kisangani vers le Nord-Kivu se retrouvent pris au piège d’un système où la vétusté des infrastructures compromet leurs investissements et leur sécurité. Combien de temps encore devront-ils faire face à ces situations kafkaïennes où la nature, aidée par le manque d’entretien, a raison de leurs efforts ?
Au-delà des pertes économiques immédiates, c’est la crédibilité même du réseau routier national qui est en jeu. La route Makana Losso dégradée symbolise les défis de développement auxquels fait face la RDC. Les véhicules bloqués Nord-Kivu ne sont que la partie visible d’un iceberg bien plus large : celui du manque d’investissement dans les infrastructures de base.
La nationale 3 Walikale attend toujours les travaux de réhabilitation promis. En attendant, les chauffeurs et leurs familles paient le prix fort de cette négligence. Le transport marchandises Kisangani vers l’est du pays reste suspendu à la volonté politique de donner la priorité aux infrastructures routières RDC.
Qui assumera la responsabilité de ces semaines perdues, de ces denrées qui risquent de se gâter, de ces familles privées de revenus ? La question reste en suspens, tout comme ces 34 poids lourds embourbés dans l’indifférence apparente des décideurs.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
