Dans un mouvement parlementaire qui pourrait bien révéler les fissures d’un système économique à deux vitesses, le député national Éric Tshikuma a déposé une question orale des plus incendiaires au ministre de l’Emploi et du Travail. Cette initiative, portant sur les disparités salariales RDC dans le secteur minier congolais, soulève des interrogations fondamentales sur la justice économique dans un domaine pourtant vital pour la nation.
L’élu de la Funa, ancien journaliste économique aguerri, ne s’est pas contenté d’un simple constat. Sa démarche méthodique exige du gouvernement des réponses précises sur l’effectif réel d’expatriés salaires mines, la comparabilité des rémunérations à poste équivalent, et la régularité des permis de travail. Cette offensive parlementaire interroge : jusqu’à quand la République tolérera-t-elle ce système de castes salariales dans son propre territoire ?
Le ministre Ferdinand Massamba Wa Massamba se trouve ainsi dans l’obligation de dévoiler des chiffres souvent jalousement gardés par les entreprises minières. La question de la conformité des permis de travail des expatriés pourrait notamment révéler des situations de travail dissimulé, tandis que l’examen des écarts de rémunération mettrait en lumière des pratiques discriminatoires institutionnalisées.
Cette initiative du député Éric Tshikuma ministre emploi s’inscrit dans un contexte plus large de dénonciation des inégalités travailleurs mines RDC. Des organisations de la société civile, dont l’ONG britannique Raid et le CAJJ de Kolwezi, documentent depuis des années l’exploitation systémique des travailleurs congolais. Leur constat est sans appel : des dizaines de milliers d’ouvriers restent piégés dans la pauvreté malgré leur rôle crucial dans la transition énergétique mondiale.
La stratégie politique derrière cette interpellation est transparente. En s’attaquant aux disparités salariales RDC, Tshikuma place le gouvernement face à ses contradictions. Comment concilier les promesses d’emplois du président Tshisekedi avec la réalité d’un secteur minier congolais qui réserve les postes qualifiés et bien rémunérés aux seuls expatriés ? Le premier engagement du quinquennat – créer 1,5 million d’emplois par an – sonne creux si ces emplois ne garantissent pas une dignité salariale.
L’analyse des réformes promises par le gouvernement constituera le véritable test de crédibilité. Le ministre de l’Emploi pourra-t-il annoncer des mesures concrètes pour corriger ces disparités, ou se contentera-t-il de vagues promesses ? La balle est désormais dans le camp de l’exécutif, contraint de répondre devant la représentation nationale.
Cette question orale pourrait bien devenir le catalyseur d’un débat bien plus large sur la souveraineté économique de la RDC. Alors que le pays fournit les minerais stratégiques de la transition énergétique, ses travailleurs continuent-ils à subir une forme moderne de colonialisme économique ? La réponse du ministre éclairera non seulement sur les intentions du gouvernement, mais aussi sur sa capacité à transformer le secteur minier en véritable levier de développement national.
Les prochaines semaines révéleront si cette interpellation parlementaire restera un simple exercice de style ou si elle parviendra à imposer la question des inégalités travailleurs mines RDC au cœur de l’agenda gouvernemental. Une chose est certaine : le député Tshikuma a ouvert une boîte de Pandore dont le gouvernement aurait préféré garder le couvercle fermé.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
