L’organisation non gouvernementale Action pour la Justice, le Développement et les Droits Humains (AJDDH) a lancé un appel pressant aux autorités judiciaires de Kisangani pour obtenir la libération immédiate de son directeur exécutif, Jedidya Mabela, actuellement détenu dans la prison centrale de cette ville de la province de la Tshopo.
Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 9 octobre, Jacques Issongo Mfutu, directeur exécutif intérimaire de l’AJDDH, a qualifié l’arrestation et la condamnation de M. Mabela de « décision arbitraire et politique », dénonçant une instrumentalisation de l’appareil judiciaire contre les défenseurs des droits humains dans la région.
L’activiste des droits de l’homme, également membre éminent du mouvement citoyen LUCHA dans la Tshopo, avait été interpellé le 1er octobre dernier avant d’être condamné le lendemain à six mois de prison ferme par le tribunal de paix de Kisangani. Les motifs invoqués par la justice ? « Propagation de faux bruits » et « imputations dommageables », des accusations qui soulèvent d’importantes questions sur la liberté d’expression dans cette province congolaise.
La source du litige remonte aux déclarations publiques de Jedidya Mabela concernant le financement présumé, par le gouvernement provincial de la Tshopo, de deux concerts de la chanteuse congolaise Rebo Tshulo. L’activiste avait contesté la légitimité de ces dépenses publiques dans un contexte où les services sociaux de base restent précaires pour la population locale.
Comment une simple dénonciation de gestion publique peut-elle se transformer en délit passible d’emprisonnement ? Cette interrogation plane désormais sur le paysage judiciaire de la Tshopo, alors que l’AJDDH et la LUCHA Tshopo dénoncent une tentative d’intimidation contre la société civile.
La rapidité du jugement – intervenu moins de 24 heures après l’arrestation – interpelle les observateurs avertis des procédures judiciaires congolaises. Normalement, les délais de traitement des dossiers de cette nature exigent des investigations préalables approfondies, ce qui n’aurait pas été le cas selon les proches de l’accusé.
L’ONG AJDDH, reconnue pour son travail de monitoring des droits humains dans l’est de la République Démocratique du Congo, considère cette condamnation comme un précédent dangereux pour l’espace démocratique. La criminalisation des activités de veille citoyenne pourrait-elle devenir la nouvelle norme dans la région ?
Des sources judiciaires sous couvert d’anonymat confirment que le parquet de Kisangani maintient les charges contre Jedidya Mabela, malgré les recours déposés par ses avocats. La défense plaide pour un non-lieu, estimant que les éléments constitutifs des infractions reprochées ne sont pas juridiquement établis.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions entre le pouvoir provincial et les organisations de la société civile dans la Tshopo. Plusieurs activistes de la LUCHA Tshopo auraient fait l’objet de pressions similaires ces derniers mois, selon un rapport récent de la coalition des ONG des droits de l’homme.
La propagation de faux bruits, l’imputation dommageable : des infractions souvent invoquées dans les affaires politiquement sensibles, mais dont l’appréciation laisse place à une certaine subjectivité judiciaire. Où s’arrête le droit à l’information et où commence la diffamation ? La frontière semble particulièrement ténue dans le chef des magistrats de Kisangani.
L’AJDDH annonce avoir saisi les instances supérieures de l’ordre judiciaire, espérant une révision du jugement en appel. L’organisation compte également alerter les mécanismes internationaux de protection des défenseurs des droits humains, estimant que la vie de Jedidya Mabela pourrait être en danger dans son lieu de détention.
La prochaine audience d’appel, dont la date reste à déterminer, constituera un test crucial pour l’indépendance de la justice congolaise dans la Tshopo. Entre pression politique et principes d’équité, la balance penchera-t-elle en faveur des droits fondamentaux ?
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
