Le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies a adopté deux résolutions majeures concernant la République Démocratique du Congo lors de sa soixantième session ordinaire, marquant un tournant significatif dans l’approche internationale des crises persistantes dans l’Est du pays. Ces décisions interviennent dans un contexte où les violations des droits humains dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu continuent d’alarmer la communauté internationale.
La première résolution, portant le numéro A/HRC/60/L.32/Rev.1, donne mandat à la Haut-Commissaire aux droits de l’homme de rendre opérationnelle la commission d’enquête indépendante RDC avant le 31 décembre 2025. Cette commission, créée initialement par la résolution S-37/1, se voit confier une mission cruciale : investiguer sur les allégations de violations systématiques des droits humains dans les zones en proie aux conflits armés. Comment cette commission parviendra-t-elle à établir la vérité dans des régions où l’accès reste limité et dangereux ?
Le calendrier établi par le Conseil des droits de l’homme est ambitieux. Les membres de la commission d’enquête indépendante devront présenter une mise à jour orale de la situation lors de la soixante-deuxième session, puis soumettre un rapport complet à la soixante-quatrième session. Ce processus s’inscrit dans le cadre d’un dialogue interactif renforcé, permettant un suivi rigoureux de l’évolution de la situation sur le terrain.
La position du président Félix-Antoine Tshisekedi, exprimée lors de la 80e Assemblée générale des Nations Unies, trouve ainsi un écho favorable. Le chef de l’État congolais avait lancé un appel solennel pour un soutien financier conséquent à cette commission d’enquête indépendante, soulignant le devoir moral et politique de la communauté internationale. Son plaidoyer pour établir la vérité et rendre justice aux victimes semble avoir porté ses fruits, mais suffira-t-il à garantir l’efficacité des investigations ?
La deuxième résolution (A/HRC/60/L.37) apporte une modification notable au dispositif d’accompagnement international. Le Conseil décide de mettre fin au mandat de l’équipe d’experts internationaux en RDC, tout en maintenant un cadre d’assistance technique via le Haut-Commissariat. Cette transition vers un mécanisme plus intégré au dispositif national répond-elle aux véritables besoins en matière de renforcement des capacités locales ?
Le Haut-Commissariat devra organiser, avant la soixante-troisième session, une réunion d’évaluation rassemblant tous les acteurs concernés. L’objectif déclaré est d’évaluer les progrès réalisés dans les domaines de la science médico-légale et de la justice transitionnelle, deux piliers essentiels pour reconstruire un État de droit durable. La mise en œuvre effective de la politique nationale de justice transitionnelle constituera le véritable test de cette nouvelle approche.
Parallèlement à ces décisions formelles, la délégation congolaise a mené une intense activité diplomatique durant les cinq semaines de session. L’organisation d’ART EXPO, sous le thème “l’Art pour la paix et la résilience”, ainsi qu’une conférence scientifique sur “Trente ans de conflits armés en RDC : appel à la reconnaissance des génocides oubliés”, démontrent la volonté des autorités congolaises de maintenir la lumière sur les souffrances endurées par la population.
Les violations des droits humains dans l’Est Congo continuent de défier la conscience internationale. La création de cette commission d’enquête indépendante représente-t-elle une avancée décisive ou simplement un nouveau mécanisme de plus dans l’arsenal déjà bien fourni des procédures onusiennes ? La réponse se trouvera dans la capacité de cette instance à mener des investigations crédibles et impartiales, mais surtout dans la volonté politique réelle de la communauté internationale à soutenir concrètement ses travaux.
L’assistance technique RDC ONU, désormais recentrée, devra prouver son efficacité dans un contexte sécuritaire toujours volatile. Les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, théâtres de violences récurrentes, attendent des actions concrètes plutôt que de nouvelles résolutions. La mise en place effective de la commission d’enquête indépendante avant fin 2025 constituera le premier jalon d’un processus dont la crédibilité reste à établir.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
