Le gouvernement congolais engage résolument le virage numérique avec le lancement simultané du Plan National du Numérique 2026-2030 et de la première Stratégie Nationale de l’Intelligence Artificielle. Cette double initiative, orchestrée par le Ministère de l’Économie Numérique, marque une étape décisive dans la transformation digitale de la République Démocratique du Congo. Mais cette ambition affichée suffira-t-elle à combler le retard accumulé et à positionner véritablement le pays comme hub technologique continental ?
Le bilan du précédent Plan National du Numérique « Horizon 2025 », présenté lors de l’atelier de restitution, révèle un taux de réalisation d’environ 60%. Un score honorable qui témoigne néanmoins des défis persistants dans l’exécution des projets structurants. Cette évaluation transparente, saluée par les parties prenantes, constitue le point de départ du nouveau cycle stratégique qui s’annonce autrement plus ambitieux.
Le Ministre Augustin Kibassa Maliba insiste sur la continuité stratégique : « Cette nouvelle phase ne commence pas sur une page blanche. Elle s’appuie sur les acquis solides du premier plan ». La vision présidentielle, dénommée « DRC Digital Nation 2030 », présentée récemment à New York en marge de l’Assemblée Générale des Nations Unies, sert de boussole à cette transformation. L’objectif affiché dépasse désormais la simple réduction du retard numérique pour viser le leadership sous-régional et continental.
La matérialisation de cette ambition s’appuie sur un engagement financier historique. Le Trésor public mobilisera 1 milliard USD pour le secteur numérique entre 2026 et 2030, tandis que plus de 500 millions USD d’appuis extérieurs sont déjà garantis par les partenaires internationaux pour la période 2025-2029. Des montants considérables qui devront être déployés avec une efficacité redoutable pour produire les effets escomptés.
L’architecture du nouveau Plan National du Numérique 2026-2030 repose sur quatre piliers fondamentaux. Le premier concerne les infrastructures et la connectivité, avec l’objectif de doter la RDC d’infrastructures numériques de classe mondiale. Le deuxième pilier vise la transformation des plateformes et services publics numériques, avec une transition accélérée vers le guichet unique numérique. Le troisième axe stratégique porte sur le capital humain et l’inclusion numérique, essentiels pour valoriser le potentiel des jeunes congolais. Enfin, la cybersécurité et la confiance numérique constituent le quatrième pilier, garantissant un développement durable dans un environnement sécurisé.
La création d’une Académie Congolaise de l’intelligence artificielle s’impose comme la concrétisation la plus emblématique de cette stratégie. Le Ministre Kibassa Maliba la présente comme « un centre de formation de haut niveau, un incubateur d’innovation et un pôle de recherche appliquée ». Cette institution devra fédérer experts nationaux, jeunes talents, institutions publiques et partenaires internationaux autour d’un objectif commun : faire de la RDC un acteur de l’innovation technologique.
Cinq axes transversaux viennent compléter cette architecture. L’entrepreneuriat numérique doit créer un écosystème propice à l’émergence des start-ups technologiques. L’innovation, présentée comme le fil conducteur de toute la stratégie, irriguera la transformation économique et sociale. L’intelligence artificielle, technologie de rupture, sera intégrée dans tous les secteurs. La souveraineté numérique constitue une priorité non négociable pour garantir l’indépendance technologique du pays. Enfin, les partenariats stratégiques renforceront les collaborations nationales et internationales.
Le Ministre de l’Économie Numérique précise la vision globale : « La mise en œuvre de cette feuille de route doit conduire à la transformation de notre économie en une véritable économie numérique, capable d’irriguer tous les secteurs ». Cette transformation multisectorielle concernera l’agriculture, l’industrie, le commerce, la santé, l’éducation et les transports, soutenue par des politiques publiques incitatives, une fiscalité adaptée et un cadre réglementaire moderne.
Déjà, deux commissions spécialisées se sont mises au travail, composées d’experts issus de la Présidence, de la Primature et de plusieurs ministères sectoriels. Leur mission : rédiger le Plan National du Numérique 2026-2030 et élaborer la Stratégie Nationale de l’Intelligence Artificielle. Le Ministre Kibassa Maliba reconnaît l’ampleur de la tâche : « La tâche est immense, mais l’enjeu est encore plus grand. Il s’agit de bâtir l’avenir de notre nation ».
Cette ambition numérique congolaise s’inscrit dans un contexte continental marqué par une compétition technologique accrue. La RDC, riche en minerais critiques indispensables aux transitions numérique et énergétique, entend ainsi devenir un catalyseur d’investissements et un pourvoyeur de solutions face aux défis contemporains. Le succès de cette Stratégie Intelligence Artificielle Congo dépendra de la capacité à transformer les intentions en réalisations tangibles, dans un calendrier serré qui mène directement à l’horizon 2030.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
