Le déluge s’est abattu sans pitié sur Kasindi-Lubiriha. Depuis le 3 septembre, des trombes d’eau transforment les rues en torrents déchaînés, emportant sur leur passage des vies, des souvenirs et l’espoir de centaines de familles. Comment une communauté frontalière peut-elle ainsi sombrer dans le désarroi face aux caprices de la nature ?
Dans les quartiers Congo ya Sika et Mapati, le spectacle est apocalyptique. Trente maisons réduites à l’état de décombres, des avenues devenues impraticables, des caniveaux obstrués par le sable venu des collines de Kangahuka. Le fonctionnaire délégué du gouverneur, Barthélémy Sivavughirwa, dresse un constat accablant : « Les sinistrés sont devenus presque des déplacés internes. Leurs maisons se sont écroulées et ils vivent désormais dans des familles d’accueil ».
La catastrophe naturelle qui frappe le Nord-Kivu révèle une vulnérabilité chronique. Les inondations à Kasindi ne sont pourtant pas une première. Chaque saison des pluies ramène son lot de drames, ses maisons détruites à Beni, ses appels à l’aide restés sans réponse. Les habitants de Lubiriha assistent, impuissants, à la répétition du scénario catastrophe.
Le quartier Latin, point de convergence des eaux de ruissellement, illustre cette négligence collective. Les canalisations saturées de sable n’ont pu contenir le flot, transformant le cœur de l’agglomération en un lac boueux. Les têtes d’érosion progressent inexorablement, grignotant les terrains et menaçant les habitations encore debout.
Face à l’urgence, les solutions temporaires montrent leurs limites. L’hébergement chez des familles d’accueil, bien que salvateur, ne constitue qu’un pis-aller. Combien de temps ces déplacés internes devront-ils attendre avant de retrouver un toit ? La question hante les responsables locaux, conscients de l’insuffisance des moyens disponibles.
Les appels à l’assainissement des quartiers et à l’aménagement de canalisations résonnent comme un mantra usé. La population est sommée de se prendre en main through les travaux communautaires, mais jusqu’où peut aller la résilience citoyenne face à l’ampleur des dégâts ? Les inondations à Kasindi mettent en lumière le besoin criant d’une intervention structurelle.
Cette catastrophe naturelle en RDC interroge la capacité de l’État à protéger ses citoyens. Les victimes des pluies diluviennes du Nord-Kivu attendent toujours une réponse à la hauteur de leur détresse. Entre urgence humanitaire et nécessité de prévention, le gouvernement provincial se trouve à la croisée des chemins.
La solidarité locale tente de pallier les carences institutionnelles. Mais comment construire l’avenir lorsque les fondations mêmes de la communauté sont emportées par les eaux ? Les déplacés internes de Lubiriha incarnent cette tragique équation entre résilience et abandon.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
