Dans un contexte où près de la moitié des projets nationaux financés par la Banque Africaine de Développement (BAD) en République Démocratique du Congo affichent des performances jugées insatisfaisantes, les autorités congolaises et l’institution financière panafricaine unissent leurs forces pour inverser cette tendance préoccupante. L’ouverture ce lundi 8 septembre 2025 à Kinshasa d’un atelier de renforcement des capacités et clinique fiduciaire marque un tournant décisif dans l’optimisation de la gestion des projets de développement.
M. Alain Malata, directeur de cabinet du ministre des Finances, a souligné avec gravité l’ampleur du défi : “Au 31 août 2025, 42% des projets actifs nationaux ont été déclarés non performants ; 7 projets sur les 17 actifs ont été notés rouges”. Cette évaluation conjointe par la BAD et les services du ministère des Finances révèle une situation nécessitant une intervention urgente et structurée.
Le portefeuille actif de la BAD en RDC représente un engagement financier colossal de 1500 milliards de dollars américains, réparti entre dons (33%) et prêts (67%). Mohammed Coulibaly, directeur général intérimaire et responsable-pays de la BAD en RDC, précise que ce portefeuille compte 25 opérations actives couvrant des secteurs stratégiques : agriculture (30,3%), transport (30,8%), énergie, eau, assainissement, secteur social, gouvernance, TIC et secteur financier.
Comment expliquer que malgré cette enveloppe financière substantielle et une diversification sectorielle appréciable, le taux de décaissement cumulé ne s’élève qu’à 27% pour un âge moyen des projets de 5,4 ans ? La réponse réside en grande partie dans les lacunes de gestion identifiées par les autorités. La maîtrise insuffisante des procédures fiduciaires, particulièrement en matière de passation des marchés, de gestion financière, de suivi-évaluation et de gestion des ressources humaines, constitue le principal frein à une exécution optimale.
Face à ce constat, le gouvernement congolais adopte une position ferme. M. Malata a averti : “Le gouvernement de la RDC ne ménagera aucun effort pour appuyer la réalisation des projets et, si cela est nécessaire, passer au recrutement en remplacement des équipes de gestion défaillantes”. Cette déclaration traduit une volonté politique sans précédent de garantir l’efficacité de l’aide au développement.
L’atelier de renforcement des capacités organisé cette semaine à Kinshasa s’inscrit dans cette dynamique corrective. Il vise spécifiquement à doter les gestionnaires de projets des compétences nécessaires pour appliquer les procédures fiduciaires de la BAD, identifier les défis opérationnels et co-construire des solutions pratiques. Cette initiative arrive à point nommé pour inverser la courbe des performances et optimiser l’impact des investissements sur les populations congolaises.
La BAD confirme son statut de partenaire stratégique privilégié de la RDC, non seulement par le volume de son portefeuille mais surtout par la qualité de son accompagnement technique. Les projets phares financés par l’institution – RN1, sécurité aérienne, pont route-rail entre les deux Congo, réhabilitation d’Inga I et II, transformation agricole, Zone économique spéciale de Maluku, parc agroindustriel de Ngandajika – témoignent de l’engagement mutuel pour le développement infrastructurel et économique du pays.
Quels seront les impacts concrets de cet atelier sur la performance globale du portefeuille BAD-RDC ? La réponse dépendra de l’appropriation effective des outils et méthodologies partagés par les participants. La qualité de leur engagement durant ces travaux déterminera la capacité collective à accélérer la mise en œuvre efficace et efficiente des projets, améliorant ainsi le retour sur investissement pour les populations congolaises.
Ce renforcement des capacités des gestionnaires de projets constitue un investissement crucial pour l’avenir économique de la RDC. Une gestion plus performante des projets de développement se traduira par une meilleure absorption des financements, une exécution accélérée des infrastructures stratégiques et, in fine, une amélioration tangible des conditions de vie des populations. Le partenariat RDC-BAD, ainsi consolidé, pourrait servir de modèle pour d’autres collaborations de développement en Afrique subsaharienne.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
