Dans l’effervescence culturelle de Bukavu, un ouvrage vient de naître sous les auspices de la pensée et du courage. « De l’estrade à la bergerie, l’entrepreneuriat au cœur du changement » de Dieu Merci Mahano Munguiko n’est pas qu’un simple livre sur l’entrepreneuriat en RDC, c’est un manifeste, un souffle nouveau qui traverse les consciences endormies. Porté sur les fonts baptismaux ce jeudi 28 août, cet essai autobiographique dévoile le parcours singulier d’un enseignant devenu apiculteur, traçant une voie audacieuse pour la jeunesse congolaise.
Comment transformer un diplôme en outil de liberation plutôt qu’en chaîne ? La question résonne à travers les 169 pages de ce livre édité en Allemagne, structuré en 11 chapitres et 4 titres. L’auteur, sénateur et ancien professeur d’anglais à l’ISP de Bukavu, y décortique avec une honnêteté brutale ce qu’il nomme « la mort convoitée » : cette course effrénée vers le salariat qui hypnotise les jeunes diplômés. Son message est clair : l’avenir ne se trouve pas dans la brandisse de parchemins, mais dans le courage de redescendre « au bas de l’échelle » où foisonnent les opportunités négligées.
Le parcours de Mahano himself illustre cette métamorphose. Après des années d’enseignement, il a osé troquer l’estrade contre la bergerie, fondant l’organisation Monde d’abeilles dans le Sud-Kivu. Son expérience en apiculture devient ainsi le terreau d’une réflexion plus large sur la reconversion professionnelle au Congo. « L’œuvre de Dieu Merci Mahano est une interpellation à l’audace, à la créativité mais aussi à la résilience », souligne la professeure Fatuma Ngongo, marraine de l’ouvrage et recteur de l’UEA.
Parrainé par le professeur Augustin Mutabazi, cet ouvrage écrit durant 12 mois et deux semaines célèbre un triple anniversaire : les 40 ans de l’auteur, ses 12 années d’apiculture et ses 7 ans d’entrepreneuriat. Plus qu’un récit personnel, c’est un guide pratique et philosophique pour ceux qui aspirent à briser leurs chaînes mentales. Le professeur Ekyoci Sadi Rex y voit « un instrument d’inspiration », tandis que le professeur Bapolisi Bahuga Paulin souligne sa capacité à redonner confiance aux jeunes dans leur avenir.
Dans un pays où le chômage des diplômés reste un défi criant, ce livre sur l’entrepreneuriat en RDC arrive comme une provocation salutaire. Il ne propose pas de solutions miracles, mais une méthode : regarder vers le bas pour s’élever, valoriser les métiers manuels, oser la reconversion professionnelle au Congo. À travers l’apiculture dans le Sud-Kivu, Mahano montre comment une passion peut devenir un levier de développement économique et personnel.
La cérémonie de vernissage, organisée par Gervais Chirhalwira de l’Union Nationale des Écrivains du Congo, section Sud-Kivu, avait des allures de renaissance collective. Chaque intervention soulignait l’urgence de ce message pour la jeunesse congolaise en quête de repères. Et si la véritable intelligence consistait non pas à accumuler les diplômes, mais à avoir le courage de les dépasser ?
« De l’estrade à la bergerie » est bien plus qu’un livre : c’est un symbole de cette Afrique qui ose reinventer son destin. À l’heure où tant de jeunes congolais doutent de leur avenir, Mahano leur offre une boussole : l’entrepreneuriat comme acte de foi en soi-même. Son parcours devient une inspiration pour la jeunesse congolaise, prouvant que les plus belles réussites naissent souvent là où l’on ose sortir des sentiers battus.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd