La signature de la Déclaration de principes entre la RDC et le Rwanda, le 25 avril à Washington, sous l’égide des États-Unis, a insufflé un vent de scepticisme à Kinshasa. Alors que l’accord est présenté comme une feuille de route vers une paix durable dans l’Est congolais, son silence assourdissant sur l’agression rwandaise, pourtant étayée par des rapports onusiens, interroge. Ce flou diplomatique pourrait-il ouvrir la voie à une nouvelle forme de prédation économique et militaire sous couvert de coopération régionale ?
L’absence de mention explicite des « actes d’agression » rwandais, reconnus par le Groupe d’experts de l’ONU en 2023, constitue une faille stratégique. En éludant cette réalité, Kinshasa risque de légitimer a posteriori les incursions de Kigali, souvent justifiées par la lutte contre les FDLR. « On transforme l’agresseur en partenaire sécuritaire », dénonce un diplomate congolais sous couvert d’anonymat. Un paradoxe qui rappelle les opérations Umoja Wetu en 2009, où le Rwanda avait instrumentalisé la chasse aux rebelles pour consolider son emprise sur les zones minières.
Le mécanisme conjoint de sécurité, pierre angulaire de l’accord, suscite des craintes similaires. Si le texte évoque un « désengagement progressif » des forces rwandaises, il ne fixe aucun garde-fou contre leur déploiement futur. Pour le professeur de géopolitique Augustin Mwando, « cette formulation ambiguë ressemble à un chèque en blanc offert à Kigali ». La perspective de voir des troupes rwandaises opérer sous bannière régionale dans le Kivu fait ressurgir le spectre du pillage systémique des minerais stratégiques – coltan, cobalt et or – qui alimentent depuis trois décennies conflits et enrichissement extraverti.
Sur le front économique, l’accord promeut une intégration régionale présentée comme vecteur de développement. Mais le diable se niche dans les détails : le projet d’« espace économique transfrontalier », s’il facilite les investissements américains, pourrait marginaliser la RDC. Avec son cadre juridique fragile et sa corruption endémique, le Congo risque de servir de réservoir de matières premières brut, tandis que le Rwanda, hub de négoce et de transformation, capterait l’essentiel de la valeur ajoutée. Une situation qui rappelle douloureusement le scandale des minerais de sang, jamais vraiment résolu.
Face à ces risques, des voix s’élèvent pour exiger des garanties. Le chercheur Martin Ziakwau plaide pour une « clause de ratification parlementaire contraignante », seul rempart contre des interprétations hasardeuses du texte. « Sans contrôle démocratique, cet accord restera un chiffon de papier aux mains des cercles militaro-économiques », assène-t-il. Une alerte relayée par la société civile du Nord-Kivu, qui exige des mécanismes de traçabilité irréfutables pour les minerais issus des zones concernées.
L’urgence, cependant, dépasse le cadre juridique. Comment la RDC compte-t-elle résorber son déficit de gouvernance ? La faiblesse chronique de l’État congolais dans l’Est – corruption, carences sécuritaires, informalité minière – offre un terreau fertile aux ingérences étrangères. « Aucun accord ne tiendra sans une réforme en profondeur de notre administration minière et de nos forces armées », rappelle un cadre du ministère des Mines.
Alors que les prochains mois verront se préciser les modalités d’application de cette déclaration, un équilibre périlleux se dessine : comment concilier stabilité régionale et souveraineté nationale ? La réponse congolaise passera par sa capacité à transformer ce texte ambigu en levier de réforme interne. Faute de quoi, Washington 2024 rejoindra la longue liste des accords inopérants qui ponctuent l’histoire tourmentée de la région.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
