Dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu au Nord-Kivu, le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, a effectué ce vendredi 4 avril une visite remarquée à Beni. Chef-lieu provisoire de la province depuis l’occupation de Goma par la rébellion du M23/AFC en janvier dernier, Beni accueille désormais les institutions provinciales délocalisées. Cette descente sur le terrain, orchestrée avec une délégation imposante d’officiers de la Police nationale congolaise et de députés nationaux originaires de la région, ne manque pas de susciter des interrogations quant à ses réelles motivations.
Devant les médias locaux, Jacquemain Shabani a affirmé que sa mission principale était de « constater l’installation provisoire du gouvernement provincial ». Une déclaration qui, à première vue, semble relever de la routine administrative, mais qui cache en réalité des enjeux bien plus complexes. Le ministre a également promis d’« appuyer et d’accompagner l’exécutif provincial dans la gestion de la province », notamment dans ce contexte de guerre où la stabilité institutionnelle est plus que jamais cruciale. Mais derrière ces promesses d’accompagnement, ne se cache-t-il pas une volonté de recentraliser le pouvoir à Kinshasa, au détriment des autorités locales ?
L’agenda du ministre prévoit des échanges avec les représentants des différentes couches de la population de Beni et de ses environs. Ces discussions, officiellement axées sur la situation sécuritaire, pourraient bien servir de prétexte pour évaluer le degré de loyauté des acteurs locaux envers le gouvernement central. Dans une région minée par les conflits armés et les rivalités politiques, chaque mot, chaque geste est scruté à la loupe. La présence des députés nationaux dans la délégation ministérielle n’est d’ailleurs pas anodine : ne s’agit-il pas de sonder le terrain en vue des prochaines échéances électorales ?
La situation à Beni, bien que provisoirement stabilisée depuis la relocalisation des institutions provinciales, reste précaire. Les défis sécuritaires sont immenses, entre les incursions des groupes armés, les tensions intercommunautaires et les difficultés économiques. Le ministre de l’Intérieur joue donc un rôle clé dans cette équation, mais sa marge de manœuvre est limitée par les réalités du terrain. Peut-on vraiment croire que cette visite suffira à rassurer une population épuisée par des années de violence et d’instabilité ?
En définitive, cette descente à Beni s’inscrit dans une stratégie plus large de reprise en main du Nord-Kivu par le gouvernement central. Si les intentions affichées sont louables, les moyens déployés et le timing choisi laissent planer le doute sur les véritables objectifs de cette opération. Dans les prochains jours, il sera intéressant d’observer si les promesses d’accompagnement se concrétisent ou si elles resteront lettre morte, comme tant d’autres avant elles. L’avenir de la province, et peut-être même de la RDC, se joue en partie dans ces zones en crise où chaque initiative politique peut faire basculer l’équilibre.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
