Vingt-huit ans après le massacre de Kasika, la question de la justice pour les victimes des violences commises en République démocratique du Congo demeure au cœur des préoccupations. Dans un message consacré à cette tragédie, le Dr Denis Mukwege appelle à la mise en place d’un mécanisme judiciaire crédible capable de poursuivre et de juger les auteurs des crimes commis aussi bien dans le passé que récemment.
Un appel à une juridiction spéciale ou internationalisée
Denis Mukwege plaide notamment pour la création d’une juridiction pénale spéciale ou internationalisée, ainsi que pour la mise en place de chambres mixtes ou hybrides au sein des juridictions congolaises. L’objectif, selon cet appel, est de permettre que les crimes graves commis sur le territoire congolais fassent l’objet d’enquêtes et de poursuites judiciaires crédibles, indépendamment de la période à laquelle ils ont été perpétrés.
Le massacre de Kasika, une plaie toujours ouverte
Le massacre de Kasika, survenu le 24 août 1998 dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, reste associé à l’histoire douloureuse des violences ayant marqué l’Est de la RDC. Pour Denis Mukwege, la reconnaissance des victimes et l’établissement des responsabilités judiciaires constituent des étapes essentielles dans la recherche de la vérité, la lutte contre l’impunité et la consolidation d’une paix durable en RDC.
La justice transitionnelle comme levier de paix
L’appel de Denis Mukwege s’inscrit dans une perspective de justice transitionnelle, un processus visant à répondre aux violations massives des droits humains par des mécanismes judiciaires et non judiciaires. En RDC, où les cycles de violence se succèdent depuis des décennies, la question de la responsabilité pénale reste un enjeu central pour les victimes et leurs familles. La proposition de chambres mixtes ou hybrides, combinant juges nationaux et internationaux, vise à renforcer la crédibilité des procédures tout en respectant la souveraineté judiciaire congolaise.
La mise en place d’un tel mécanisme nécessiterait une volonté politique forte et un accompagnement de la communauté internationale. Les expériences menées dans d’autres pays post-conflit montrent que les juridictions hybrides peuvent contribuer à la lutte contre l’impunité, à condition de bénéficier de ressources suffisantes et d’une indépendance réelle. En RDC, le défi est d’autant plus grand que les crimes à juger s’étendent sur plusieurs décennies et impliquent des acteurs variés, étatiques et non étatiques.
L’appel de Denis Mukwege intervient dans un contexte où les discussions sur la justice transitionnelle en RDC restent timides. Si des initiatives ont été lancées par le passé, notamment avec la création d’une commission vérité et réconciliation, les résultats concrets se font attendre. La proposition d’une juridiction spéciale ou internationalisée pourrait relancer le débat sur la meilleure manière de rendre justice aux victimes des violences qui ont endeuillé le pays, en particulier dans sa partie orientale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: actu30.cd
