La modernisation du système fiscal congolais a été au cœur d’une conférence tenue mercredi 22 juillet à l’Université Pédagogique Nationale (UPN) de Kinshasa. Organisée avec l’appui de la Direction générale des impôts (DGI), cette rencontre a réuni étudiants, enseignants, experts et représentants d’institutions nationales et internationales pour échanger sur les réformes en cours et les défis de la mobilisation des recettes publiques. L’objectif était de mieux faire comprendre comment ces innovations peuvent concrètement améliorer le financement de l’État et, par ricochet, les services publics.
La facture normalisée, un outil pour plus de transparence
Un représentant de la Banque mondiale a présenté les avancées liées à la facture normalisée. Ce dispositif est considéré comme un levier essentiel pour améliorer la transparence des opérations commerciales, renforcer la collecte des recettes fiscales et lutter contre la fraude. En obligeant les entreprises à émettre des factures certifiées, l’administration fiscale peut mieux tracer les transactions et réduire l’évasion fiscale. Concrètement, chaque vente ou prestation doit désormais être documentée par une facture standardisée, ce qui limite les possibilités de sous-déclaration des revenus. Pour les commerçants, cela implique une adaptation de leurs pratiques, mais l’avantage attendu est une concurrence plus loyale et une contribution plus équitable de chacun au budget national.
Former les cadres de demain aux enjeux fiscaux
Un professeur de l’UPN a développé une réflexion sur l’importance de la fiscalité dans le fonctionnement de l’État, insistant sur son rôle dans le financement des politiques publiques et le développement national. La rectrice de l’UPN, Yvonne Ibebeke, a retenu trois enseignements majeurs de cette conférence. Elle a souligné l’urgence d’innover par la digitalisation du système fiscal pour améliorer le recouvrement et lutter contre la fraude. Elle a aussi plaidé pour une fiscalité plus juste, protégeant les plus vulnérables tout en responsabilisant les contribuables les plus nantis. Enfin, elle a insisté sur la nécessité d’intégrer davantage les questions fiscales dans les formations universitaires afin de préparer une nouvelle génération de cadres compétents pour les finances publiques. Cette intégration pourrait se traduire par des cours spécialisés ou des modules dédiés au sein des cursus existants, permettant aux étudiants de mieux appréhender les mécanismes de collecte et d’affectation des impôts.
Un potentiel fiscal encore sous-exploité
Les échanges avec les experts de la Banque mondiale, de la DGI et des cabinets KMC Partners et Deloitte ont montré que la République démocratique du Congo dispose d’un important potentiel fiscal insuffisamment exploité. Les réformes engagées par la DGI, comme la télé-déclaration, la formalisation des activités économiques et la facture normalisée, visent à moderniser le système et à élargir l’assiette fiscale. La télé-déclaration, par exemple, permet aux contribuables de déclarer et payer leurs impôts en ligne, réduisant ainsi les déplacements et les risques de corruption. La formalisation des activités économiques encourage les opérateurs du secteur informel à intégrer le circuit officiel, ce qui élargit mécaniquement le nombre de contribuables. Pour l’organisateur de la conférence, l’engouement des étudiants, restés mobilisés durant toute la durée des échanges, témoigne de l’intérêt croissant pour ces questions. Les cadres de l’UPN ont salué les efforts du Directeur général de la DGI, rappelant que cette régie financière est aujourd’hui l’un des principaux piliers de la mobilisation des ressources internes de l’État. Yvonne Ibebeke a conclu en affirmant qu’un système fiscal performant est le socle d’un État fort, condition d’un Congo debout.
Article Ecrit par Amissi G
Source: actu30.cd
