À Matadi, dans la province du Kongo-Central, les salons de coiffure ne désemplissent pas en cette période de vacances scolaires. Derrière l’effervescence capillaire, c’est un véritable baromètre social qui se dessine, entre traditions revisitées et stratégies économiques des coiffeuses. La coiffure dite « rastas », réalisée avec des mèches synthétiques, s’impose comme la tendance phare de la saison sèche, plébiscitée pour sa durabilité et son adaptation au climat.
Une coiffure protectrice plébiscitée par les clientes
Pour de nombreuses femmes et jeunes filles de Matadi, les rastas ne sont pas qu’une question d’esthétique. « Quand tu fais les rastas, tu peux les garder même pendant deux mois ; alors qu’avec une perruque, il faut souvent la retirer au bout d’une ou deux semaines seulement », confie Ma Muke, la quarantaine révolue. Cette longévité est un atout majeur en saison sèche, où la poussière et le vent mettent les cheveux à rude épreuve. La coiffure protège la chevelure naturelle tout en gardant la tête au chaud, un argument qui séduit autant les mères que les écolières en vacances. Daniella, 8 ans, ne cache pas son impatience : « J’aime les vacances, parce que je peux me faire tresser les mèches. Je trouve ça très joli. »
Les coiffeuses face à un dilemme économique
Si l’affluence est au rendez-vous, toutes les professionnelles ne tirent pas le même parti de cette tendance. Une coiffeuse locale témoigne : « La saison sèche est une période particulièrement favorable pour nous. Des mères aux plus jeunes, tout le monde vient se faire tresser, ce qui fait de cette saison une excellente période de travail. » Pourtant, la pose de rastas est chronophage : une seule cliente peut mobiliser une tresseuse de 7 heures à 14 heures. Ruth, une autre coiffeuse, a fait un choix radical : « Avec les mèches, il est difficile de tresser trois ou quatre personnes par jour. En revanche, depuis que je pose des perruques, je peux recevoir jusqu’à six clientes par jour. » Ce calcul de rentabilité met en lumière une tension entre la demande des clientes et l’optimisation du temps de travail.
Un marqueur social au-delà de la mode
L’engouement pour les rastas dépasse la simple tendance esthétique. Il révèle un attachement à des pratiques capillaires ancrées dans la culture africaine, tout en répondant à des contraintes pratiques et économiques. Pour les écolières, les vacances sont l’occasion de s’affranchir des nattes collées souvent imposées par le règlement scolaire, et d’affirmer une identité propre. À Matadi, la saison sèche devient ainsi le théâtre d’une expression individuelle et collective, où le salon de coiffure se mue en espace de socialisation et de résilience économique. Les vendeurs de mèches profitent également de cette dynamique, signe que la coiffure tisse des liens bien au-delà de la chevelure.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
