À Kananga, dans la province du Kasaï-Central, les menstruations restent un sujet enveloppé de silence et de croyances qui pèsent lourdement sur la vie quotidienne des femmes. Des témoignages recueillis lundi 13 juillet révèlent l’ampleur des interdits et des discriminations liés aux règles, qui touchent aussi bien la sphère familiale que sociale. Ces pratiques, ancrées dans les traditions, limitent l’accès à l’information et exposent les jeunes filles à une détresse évitable.
Des interdits qui isolent les femmes
Dans de nombreux foyers du Kasaï-Central, une femme menstruée est soumise à des restrictions strictes. Céline Kalanga, une Kanangaise d’une cinquantaine d’années, décrit ces règles non écrites : « Une femme qui est dans sa période de menstruation ne peut pas s’approcher de son mari. Elle ne peut pas préparer les repas. Elle ne peut pas non plus aller à l’église, parce que c’est considéré comme un lieu saint ». Ces interdits, qui touchent à l’intimité conjugale, à l’alimentation et à la pratique religieuse, renforcent l’isolement des femmes pendant leurs règles. Ils traduisent une perception des menstruations comme une impureté, une croyance qui persiste malgré les évolutions sociales.
Le choc des premières règles, faute d’information
L’absence de dialogue sur les menstruations a des conséquences directes sur les adolescentes. Rachel Ngolela, 17 ans, se souvient de sa première expérience : « La première fois que j’ai eu mes règles, c’était une surprise pour moi. Je me rendais à la source lorsque j’ai remarqué un écoulement de sang. J’ai d’abord cru que j’étais blessée. Je suis vite allée voir ma mère. Elle m’a rassurée et m’a expliqué ce qui m’arrivait ». Ce récit illustre le manque de préparation des jeunes filles, qui découvrent souvent seules ce phénomène naturel. Sans information préalable, la peur et la honte s’installent, aggravées par le poids des tabous.
Une campagne pour briser le silence et promouvoir l’hygiène
Face à ces réalités, des organisations de défense des droits des femmes se mobilisent. L’ONG Dynamique Actions pour la Défense des Droits des Femmes, Filles et Enfants a lancé lundi un projet de promotion des droits en matière de santé sexuelle et reproductive. L’initiative cible les communes de Lukonga et de Kananga, ainsi que le territoire de Demba. Elle vise à informer les populations, combattre les préjugés et encourager le recours aux services de santé. Sur le terrain, les sensibilisateurs insistent sur les bonnes pratiques d’hygiène menstruelle : changer régulièrement la protection, se laver les mains avant et après chaque changement, utiliser de l’eau propre pour la toilette intime, et consulter un professionnel de santé en cas de douleurs inhabituelles, de démangeaisons ou d’infections. Ces gestes simples, mais essentiels, sont souvent méconnus en raison du manque d’éducation.
Vers une reconnaissance des droits et de la dignité
Les organisations de défense des droits des femmes dénoncent ces pratiques discriminatoires, estimant qu’elles portent atteinte à la dignité des femmes et des jeunes filles. La campagne en cours cherche à renforcer l’engagement de toute la communauté en faveur des droits des femmes et des filles. En brisant le silence, elle espère offrir aux femmes du Kasaï-Central un accès égal à l’information et aux soins, et leur permettre de vivre leurs menstruations sans honte ni exclusion.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
