La modernisation du réseau routier congolais franchit une étape décisive. Le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza Lunda, a signé à Belgrade un accord de collaboration stratégique avec l’Institut Mihajlo Pupin, spécialiste serbe des technologies d’automatisation. L’objectif affiché : numériser le système de péage en République démocratique du Congo. Mais derrière l’annonce technique, c’est une question de souveraineté financière qui se joue, tant les pertes de recettes aux postes de péage grèvent les capacités d’entretien du réseau national.
Un partenariat pour sécuriser les recettes publiques
En déplacement à la tête d’une délégation technique, John Banza Lunda a visité plusieurs installations de péage automatisées afin d’évaluer les solutions développées par l’institut serbe. L’accord vise à renforcer la sécurisation des recettes et à améliorer leur traçabilité grâce à des outils numériques. Pour le ministère, il s’agit de limiter les pertes financières qui échappent au Trésor public et de garantir un meilleur suivi des fonds collectés. La digitalisation des postes de péage apparaît ainsi comme un levier pour restaurer la confiance dans la gestion des infrastructures routières.
Les leçons d’une caravane infrastructurelle
Cette initiative ne tombe pas du ciel. Elle fait suite à la caravane infrastructurelle menée récemment par le ministre sur l’axe Kinshasa-Lubumbashi. Cette mission d’inspection avait permis d’identifier plusieurs irrégularités dans la gestion de certains postes de péage et de pesage installés le long de la Route nationale numéro 1. Des failles qui illustrent les défis quotidiens de la régie financière routière et qui justifient, aux yeux des autorités, le recours à des technologies éprouvées. L’enjeu est de taille : chaque franc congolais perdu dans les circuits informels est un franc qui manque à l’entretien des routes, à la sécurité des usagers et au désenclavement des provinces.
Transfert de compétences avant déploiement
Au-delà de l’acquisition d’équipements, le partenariat prévoit un volet formation. Le ministre a annoncé l’envoi prochain d’une équipe de techniciens congolais en Serbie pour une imprégnation technique. Ce transfert de compétences est présenté comme un préalable indispensable avant le déploiement des nouveaux systèmes sur le territoire national. Pour le ministère, il s’agit de bâtir une expertise locale capable de piloter et de maintenir ces outils, évitant ainsi une dépendance technologique coûteuse à long terme. Une ambition qui reste toutefois suspendue à la capacité de l’administration à absorber ces savoir-faire et à les déployer dans un environnement souvent marqué par des contraintes logistiques et énergétiques.
Un institut au service de la modernisation routière
Créé en 1959, l’Institut Mihajlo Pupin est une référence en Europe du Sud-Est dans les domaines de l’information et de l’automatisation. Ses solutions équipent déjà les infrastructures routières serbes, offrant un retour d’expérience concret sur la fiabilité des systèmes de péage automatisés. Pour la RDC, ce choix technique s’inscrit dans une logique de coopération pragmatique, loin des partenariats parfois opaques qui ont jalonné l’histoire des grands contrats d’infrastructure. Reste à savoir si cette dynamique de transparence se confirmera dans la mise en œuvre et le suivi citoyen de ce projet.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: actu30.cd
