L’interdiction d’octroyer des titres parcellaires dans les zones marécageuses, annoncée mardi 9 juin par le gouvernement provincial du Maniema, marque un tournant dans la gestion des catastrophes naturelles à Kindu. Cette décision, issue d’un atelier de deux jours ayant réuni l’ensemble des parties prenantes, soulève une question cruciale : comment protéger durablement les populations face aux inondations fluviales qui, chaque année, jettent des milliers de familles sur les routes ?
Un plan d’action pour briser le cycle des inondations
Les crues répétitives du fleuve Congo ont transformé des quartiers entiers de Kindu en pièges humanitaires. Pour y répondre, les participants à l’atelier ont adopté à l’unanimité une note de plaidoyer stratégique, scellée par un acte d’engagement. Ce document liste des mesures contraignantes qui redessinent la politique urbaine locale. Au cœur du dispositif : l’interdiction stricte d’attribuer des parcelles dans les espaces marécageux, couplée à un assainissement des services étatiques responsables. L’objectif est clair : empêcher que de nouvelles habitations ne s’installent dans des périmètres inondables, et ainsi réduire la vulnérabilité des citoyens.
Reloger les sinistrés, une priorité aux implications sociales
Le plan ne se limite pas à une logique d’interdiction. Il prévoit l’ouverture de nouveaux lotissements sécurisés dans les trois communes de la ville pour accueillir les familles sans abri. Cette mesure de relogement planifié s’accompagne d’une volonté d’octroyer des certificats de propriété définitifs aux populations déplacées. Une façon de leur offrir une stabilité juridique, après avoir tout perdu. En parallèle, une actualisation urgente de la base de données des ménages installés en zones inondables est exigée, afin d’identifier précisément les victimes et d’éviter les oublis. Ces dispositions révèlent une attention nouvelle aux conséquences sociales des catastrophes, au-delà de la seule réponse d’urgence.
Prévention et sanctions : l’État face à ses responsabilités
Le gouvernement provincial entend aussi renforcer la prévention. Un appui technique sera apporté à la Régie des voies fluviales (RVF) et à l’Agence nationale de météorologie et de télédétection par satellite (METELSAT) pour optimiser les alertes précoces. Mais c’est sur le volet répressif que le ton se durcit. Le vice-gouverneur du Maniema, Katisamba Makubuli, a prévenu que des sanctions seraient appliquées pour faire respecter les nouvelles directives géographiques. Ce rappel à l’ordre vise autant les agents fonciers que les éventuels contrevenants, et traduit une volonté de rompre avec des pratiques jugées laxistes. Reste à savoir si ces engagements se traduiront par des actes concrets, dans une région où les moyens de contrôle restent limités.
Un engagement collectif à l’épreuve du temps
L’adoption de ce document par l’ensemble des participants marque un consensus rare, mais sa mise en œuvre soulève des interrogations. Comment garantir que les nouveaux lotissements ne reproduiront pas les erreurs du passé ? Les services étatiques, souvent pointés du doigt, accepteront-ils de se réformer ? Pour les milliers de familles sinistrées, l’espoir d’un toit stable dépend désormais de la capacité des autorités à transformer ces résolutions en réalité. La signature de l’acte d’engagement n’est qu’un premier pas : c’est dans la durée que se mesurera la sincérité de cette nouvelle politique urbaine.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
