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Carburant à Kinshasa : pourquoi les pompes ne peuvent pas « pomper de l’air »

Depuis des années, une rumeur tenace circule dans les rues de Kinshasa et sur les réseaux sociaux : des stations-service factureraient du carburant sans en transférer la quantité correspondante dans le réservoir des véhicules. Ce phénomène, surnommé « pomper de l’air » ou « Tia mupepe » en lingala, alimente la méfiance des automobilistes. Mais qu’en est-il réellement ? Pour démêler le vrai du faux, une équipe de journalistes s’est rendue dans une station-service d’ENGEN DRC, membre du groupe Vivo Energy, l’un des principaux acteurs du marché pétrolier en République démocratique du Congo.

Le mécanisme technique qui empêche de « pomper de l’air »

Selon Claude Mudiandambu, chargé de la maintenance et des projets chez ENGEN DRC, le fonctionnement des pompes à carburant rend techniquement impossible la facturation sans transfert de produit. « Quand le carburant quitte la citerne vers le distributeur, il passe par différents équipements, notamment le filtre qui améliore la qualité du produit ainsi que le mesureur qui sert à convertir le volume du carburant et envoie des impulsions au compteur. Et le compteur ne peut pas tourner si le mesureur n’est pas traversé par le carburant : carburant traversé, litre compté », a-t-il expliqué. En clair, chaque litre affiché au compteur correspond à un volume réel de carburant ayant circulé dans le circuit. Le mesureur, pièce centrale du dispositif, agit comme un vérificateur mécanique : sans flux de liquide, aucune impulsion n’est envoyée, et le compteur reste immobile.

Des contrôles semestriels pour garantir la précision

Au-delà de la conception des équipements, des vérifications régulières renforcent la fiabilité du système. Claude Mudiandambu a précisé qu’« une équipe de techniciens de l’OCC, l’Office congolais de contrôle passe semestriellement afin de recalibrer le distributeur et s’assurer que les volumes vendus correspondent à ceux qui ont été mesurés ». Ces interventions de l’OCC, l’organisme public chargé de la métrologie légale, visent à détecter tout écart et à réajuster les pompes si nécessaire. Pour le consommateur, cela signifie que les quantités délivrées sont régulièrement contrôlées par une autorité indépendante, réduisant le risque de fraude systématique.

Le rôle du consommateur dans la prévention des erreurs

Si la technologie exclut le scénario du « pompage d’air », des erreurs humaines restent possibles. Claude Mudiandambu a insisté sur un geste simple mais essentiel : « À l’achat du carburant, le client doit toujours s’assurer que le compteur est remis à zéro ». Un pompiste pourrait en effet saisir un montant différent de celui payé, intentionnellement ou non. En vérifiant la remise à zéro avant le début du remplissage, l’automobiliste s’assure que le volume facturé correspond exactement à sa commande. Cette vigilance individuelle complète les garde-fous techniques et institutionnels.

Un impact économique et psychologique pour les ménages

La persistance de cette rumeur a des conséquences concrètes. Elle entretient un climat de défiance qui peut pousser certains conducteurs à éviter certaines stations, à fractionner leurs achats ou à surveiller anxieusement chaque plein. Dans un contexte où le prix du carburant pèse lourd dans le budget des ménages kinois, la crainte d’être lésé, même infondée, ajoute une charge mentale. Les explications techniques fournies par les spécialistes et les contrôles de l’OCC offrent pourtant des garanties solides. En définitive, si une fraude ponctuelle par manipulation humaine ne peut être totalement exclue, l’idée qu’une pompe facture du carburant sans en délivrer est, selon les experts, techniquement impossible. Les automobilistes ont donc intérêt à s’appuyer sur ces mécanismes de contrôle plutôt que sur des rumeurs pour protéger leur pouvoir d’achat.

Article Ecrit par Amissi G

Source: actu30.cd

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