Ce lundi 1er juin 2026, le ministre du Plan, Guylain Nyembo, a officiellement lancé à Kinshasa le recrutement des agents chargés de la cartographie censitaire du deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2). Une annonce qui suscite autant d’espoir que de questions dans un pays où le dernier dénombrement remonte à 1984.
Depuis plus de quarante ans, la RDC navigue à vue. Sans données fiables, les politiques publiques tâtonnent. Combien sommes-nous ? Où vivons-nous ? Quels sont nos besoins réels ? Ces questions, essentielles pour planifier écoles, hôpitaux ou infrastructures, restent sans réponse précise. Le RGPH-2, prévu pour juillet 2027, entend combler ce vide. Mais la route est longue et semée d’embûches.
La première étape, la cartographie censitaire, nécessite une armée de travailleurs : 10 473 cartographes, 2 618 chefs d’équipe et 524 chefs de brigade seront recrutés. Pour la phase de dénombrement général, le besoin grimpe à 130 735 agents recenseurs, 32 684 chefs d’équipe, 6 537 superviseurs et 120 formateurs-encadreurs. Des chiffres vertigineux qui traduisent l’ampleur de la tâche.
Face à un parterre de journalistes, Guylain Nyembo a martelé les valeurs cardinales du processus : « transparence, méritocratie, équité et égalité des chances ». Il a promis une tolérance zéro face à la fraude, aux abus ou aux passe-droits. Une profession de foi bienvenue dans un pays où la corruption gangrène trop souvent les opérations publiques. Mais les Congolais, échaudés par des promesses non tenues, attendront de voir.
Le recrutement se déroulera du 1er au 7 juin 2026. Les profils recherchés sont variés : opérateurs cartographes, formateurs de formateurs, assistants en technologies de l’information et de la communication (TIC) et opérateurs en systèmes d’information géographique (SIG). Une aubaine pour les jeunes diplômés et les femmes, souvent marginalisés sur le marché du travail. « Cette opération représente une importante opportunité pour de nombreux jeunes et femmes à travers le pays », a souligné le ministre, évoquant la mobilisation de « milliers de compétences locales au service de la Nation ».
Mais le diable se niche dans les détails. Comment s’assurer que le recrutement soit réellement équitable ? Les candidats des zones reculées, de l’Est en proie à l’insécurité ou des régions touchées par Ebola, auront-ils les mêmes chances que ceux de Kinshasa ? Le ministre a assuré que toutes les dispositions seraient prises pour couvrir l’ensemble du territoire, y compris les zones à risques. Un défi logistique et sécuritaire colossal.
Le financement, nerf de la guerre, reste un point sensible. Le coût global du RGPH-2 est estimé à 192 millions de dollars américains. Pour l’instant, seuls 60 millions ont été mobilisés pour la cartographie censitaire. Le gouvernement affirme poursuivre les discussions avec les partenaires techniques et financiers, dont l’UNFPA, pour boucler le budget. Mais à deux ans du dénombrement général, l’incertitude plane. Sans financement complet, le recensement pourrait être compromis, ou pire, bâclé.
Au-delà des chiffres et des discours, ce recensement est un enjeu de souveraineté. Connaître sa population, c’est la reconnaître. C’est aussi un outil de justice sociale : les régions sous-peuplées mais nécessiteuses pourront enfin faire valoir leurs droits. Les femmes, les jeunes, les minorités, tous doivent être comptés. Mais pour cela, il faut que l’opération inspire confiance.
La méfiance est palpable. En 2019, une tentative de recensement avait été annulée, officiellement pour des raisons budgétaires, officieusement à cause de suspicions de manipulation politique à l’approche des élections. Le ministre Nyembo a tenu à préciser que ce recensement n’a « aucun lien avec le processus électoral ». Une clarification nécessaire pour couper court aux rumeurs.
Reste à transformer l’essai. Si les promesses de transparence et d’inclusion sont tenues, le RGPH-2 pourrait marquer un tournant pour la RDC. Des milliers de jeunes trouveront un emploi temporaire, des compétences seront renforcées, et le pays disposera enfin de données fiables pour se développer. Mais si la méritocratie n’est qu’un slogan, si les fonds manquent ou si l’insécurité bloque le terrain, le rêve d’un recensement moderne s’évanouira une fois de plus. Les Congolais méritent mieux que des déclarations d’intention. Ils méritent des actes.
La route jusqu’en 2027 est encore longue, mais le compte à rebours a commencé.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: actu30.cd
