La nouvelle a circulé comme une traînée de poudre dans la région de Rutshuru : l’abbé Gédéon Kasereka Bahati, enlevé samedi dernier en pleine journée, a été libéré le lendemain avec trois autres otages. Un soulagement immense pour les fidèles et les proches, mais qui ne dissipe en rien l’angoisse qui serre la gorge des voyageurs empruntant l’axe Kiwanja–Kanyabayonga, devenu un véritable coupe-gorge.
Ce samedi, l’abbé Kasereka revenait de la cité de Kanyabayonga, où il avait participé à une messe de mariage à la paroisse Kabasha, dans le diocèse de Goma. À ses côtés se trouvaient un jeune couple et leur chauffeur, tous regagnant leurs foyers après cette célébration empreinte de joie. Mais à hauteur de Busendo, leur périple a viré au cauchemar. Des hommes armés les ont interceptés, les arrachant brutalement à la route pour les emmener vers une destination inconnue.
La confirmation de l’enlèvement est venue de Mgr Willy Ngumbi Ngengele, évêque du diocèse de Goma, joint par notre rédaction. Bouleversé mais prudent, le prélat a simplement indiqué que les victimes avaient passé la nuit aux mains des ravisseurs avant d’être relâchées le matin du dimanche 31 mai. « Ils sont sains et saufs, c’est l’essentiel », a-t-il murmuré, sans toutefois s’étendre sur les circonstances exactes de cette libération.
Et c’est là que le mystère s’épaissit. Aucune source officielle n’a voulu préciser si une rançon avait été versée. Certains témoignages évoquent une exigence forte des ravisseurs, mais le silence des autorités laisse libre cours aux pires suppositions. Dans une région où les enlèvements sont monnaie courante, les familles sont souvent contraintes de négocier seules, sans soutien, livrant leurs économies à des bandes armées qui prospèrent sur la terreur.
Cette insécurité viscérale n’est pas nouvelle. Depuis la fin de l’année dernière, l’axe Kiwanja–Kanyabayonga s’est transformé en un théâtre d’attaques répétées. Pillages, agressions, enlèvements : les voyageurs ne savent jamais s’ils atteindront leur destination. Le 23 mars dernier, un drame similaire avait secoué la région. Sur l’axe Kiwanja–Goma, qui traverse le parc national des Virunga, un véhicule de transport en commun était tombé dans une embuscade entre Buvunga et Bugomba. Les assaillants avaient ouvert le feu pour stopper le convoi, dépouillant les passagers de tout ce qu’ils possédaient. Le conducteur, grièvement blessé, avait dû être évacué d’urgence vers l’hôpital général de Rutshuru, tandis qu’une autre victime était brièvement enlevée avant d’être relâchée.
Ces épisodes s’inscrivent dans un engrenage de violence qui broie les populations. Pour les habitants, chaque déplacement devient un pari avec la mort. Les activités ecclésiales, comme ce mariage qui aurait dû n’être qu’un moment de grâce, se transforment en cibles pour des prédateurs sans foi ni loi. L’Église catholique, très implantée dans la région, n’est plus épargnée, et ses ministres paient un lourd tribut à cette criminalité galopante.
Face à cette spirale, les réactions des autorités restent timides. Des renforts de sécurité sont parfois annoncés, mais l’effet reste éphémère. Les bandes armées opèrent en toute impunité, profitant d’un territoire vaste et difficile à contrôler. La société civile s’indigne, mais les cris se perdent dans l’indifférence. La libération de l’abbé Kasereka et de ses compagnons est une lueur, certes, mais elle ne doit pas masquer l’urgence d’une réponse structurelle.
En attendant, les rescapés de Busendo tentent de panser leurs plaies, physiques ou psychologiques. Leur mésaventure rappelle, s’il en était besoin, que la paix reste un mirage sur ces routes qui saignent le quotidien des Congolais. La population aspire à un sursaut, à une protection véritable, pour que les chemins de la foi ne deviennent plus jamais des chemins de croix.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
