Le bonobo, autrefois appelé « chimpanzé nain », est une espèce unique au monde qui ne vit qu’en République démocratique du Congo. Mais ce trésor de la biodiversité est en péril. Le braconnage, alimenté par le commerce illégal de viande de brousse, a décimé sa population, passée d’environ 100 000 individus dans les années 1980 à seulement 20 000 aujourd’hui. Face à cette menace, un sanctuaire situé à la périphérie de Kinshasa mène une course contre la montre pour sauver les orphelins.
Lola ya Bonobo, ce refuge fondé il y a plus de deux décennies, est le seul au monde exclusivement dédié aux bonobos. Ici, les bébés arrachés aux braconniers trouvent une seconde chance. « Mon travail consiste à protéger ces enfants orphelins. Ils arrivent souvent stressés, car leur mère a été tuée pour être mangée », confie Micheline Nzonzi, mère de substitution depuis plus de vingt ans. Chaque jour, elle nourrit au biberon, joue et réconforte un petit bonobo, un processus d’attachement qui peut durer un an. « Sans affection, ils peuvent mourir ou dépérir, comme des enfants ayant perdu leurs parents », explique-t-elle.
Cette attention constante est vitale pour une espèce au cycle de reproduction particulièrement lent : une femelle n’élève qu’un seul petit tous les quatre à cinq ans. Cette lenteur rend la récupération des populations encore plus difficile, soulignent les défenseurs de l’environnement. Au-delà des soins, Lola ya Bonobo mène un travail de sensibilisation auprès du public. Arsène Madimba, éducateur au sanctuaire, insiste : « Il n’y a pas que le bonobo qui soit victime du braconnage, mais lui on ne le trouve qu’en RDC. C’est pour ça que son nombre diminue de manière significative. »
À Kinshasa, le commerce de viande de primates est pourtant formellement interdit, notamment pour prévenir la propagation de maladies comme Ebola. Mais la clandestinité persiste. Sur les marchés de viande de brousse, on vend encore rongeurs, serpents et bien d’autres espèces. Guyva Mputu, vendeur depuis dix ans, reconnaît : « Nous vendons à toute personne intéressée, de tous horizons, riches ou pauvres. » Si le python est proposé ouvertement, les primates se font discrets.
Pour François Sandrin, de la Wildlife Conservation Society, la lutte contre ce trafic ne se limite pas à la répression. « Développer des sources de protéines durables ou promouvoir une cuisine congolaise traditionnelle sans viande de brousse sont aussi des pistes », estime-t-il. Il évoque l’exemple des pays occidentaux, où des systèmes de chasse réglementée avec permis, quotas et saisons permettent de maintenir des populations sauvages florissantes. « Le défi est d’adapter ces modèles aux réalités de l’Afrique centrale. »
Les bonobos partagent près de 99 % de leur ADN avec les humains, ce qui en fait nos plus proches parents avec les chimpanzés. Leur disparition accélérée n’est donc pas seulement une perte pour la biodiversité congolaise, mais pour l’humanité tout entière. À Lola ya Bonobo, les jeunes grandissent en nurserie avant d’intégrer des groupes plus vastes dans des enclos protégés, et certains sont même réintroduits dans la nature après des années de préparation. Une lueur d’espoir dans un contexte critique.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: mediacongo.net
