La polémique enflait, les critiques fusaient de toutes parts. Finalement, le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), Christian Bosembe, a dû se résoudre à appuyer sur le bouton pause. Lors d’un récent débat public, le patron de l’instance de régulation a annoncé la suspension temporaire de la très controversée directive médias étrangers, qui imposait des frais mirobolants aux organes de presse internationaux désireux d’opérer en République démocratique du Congo.
Une décision qui sonne comme un aveu implicite de précipitation, tout en maintenant la menace d’un retour de cette mesure dès que les « arrangements » administratifs auront été finalisés avec le ministère de la Communication. Car sur le fond, Christian Bosembe n’entend pas désarmer. L’ancien journaliste, aujourd’hui régulateur, s’est posé en fervent défenseur d’un texte qu’il juge conforme aux pratiques des grandes démocraties. Problème : un chevauchement malencontreux avec d’autres frais déjà acquittés par les médias auprès de services étatiques a rendu sa directive inapplicable dans l’immédiat. « Aucun média ne paiera un seul franc pendant que nous sommes en train de discuter », a-t-il promis, s’offrant ainsi un répit inespéré.
Pour comprendre la levée de boucliers, il faut revenir aux détails de cette directive médias étrangers, signée conjointement par Christian Bosembe et le rapporteur Kabamba Kasongo Oscar. Elle prévoyait que tout média audiovisuel, écrit ou en ligne d’origine étrangère obtienne un avis conforme du CSAC, renouvelable tous les trois ans. Les tarifs étaient, pour le moins, salés : 20 000 dollars pour une station de radio, 25 000 dollars pour une chaîne de télévision et 10 000 dollars pour les médias écrits et en ligne. En cas de non-respect, des sanctions graduées étaient prévues, allant du simple avertissement à la suspension définitive du signal, en passant par des amendes équivalant au quintuple des frais dus.
Face à la bronca des organisations internationales de défense de la liberté de la presse, qui ont vu dans ces frais médias RDC un instrument déguisé de contrôle et de restriction de l’accès à l’information, le président du CSAC a opté pour une posture défensive. Usant d’une métaphore sportive qu’il affectionne, il a comparé son institution à un arbitre qui « n’est pas aimé par les deux équipes ». Un arbitre qui, il est vrai, sifflait une pénalité financière que peu de médias étrangers auraient pu honorer sans compromettre leur présence dans le pays. Faut-il y voir un simple problème technique de chevauchement administratif ou une manœuvre pour temporiser face à un tollé international ?
La suspension directive annoncée par Christian Bosembe n’en est pas moins un recul tactique significatif. Elle illustre les tensions entre la volonté affichée de réguler le paysage médiatique congolais et la réalité d’un écosystème où une taxation brutale risque d’asphyxier le pluralisme. Le CSAC, en temporisant, se donne le temps de la discussion, mais aussi celui de la défiance : les rédactions étrangères, échaudées, observeront de près l’évolution du dossier.
Au cœur de Kinshasa, le régulateur négocie, ajuste, recule pour mieux revenir peut-être. Christian Bosembe a gagné du temps, mais a-t-il vraiment cédé ? Rien n’est moins sûr. La question des frais médias RDC n’est que partie remise, suspendue à un fil entre souveraineté nationale et nécessité d’attractivité médiatique. Et pendant que les discussions se poursuivent, le doute persiste : la prochaine mouture de la directive aura-t-elle la même odeur d’un musellement déguisé ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
