Dans la province du Sud-Kivu, les violences armées ne laissent pas que des cicatrices physiques. Depuis trois mois, une équipe de psychologues de TPO-RDC documente une réalité glaçante : des jeunes de plus en plus nombreux envisagent le suicide comme seule issue à leurs souffrances psychologiques. Le lien entre le traumatisme de la guerre et la détresse mentale devient chaque jour plus évident.
Comment expliquer une telle dégradation de la santé mentale des jeunes en RDC ? « Tout ce qu’on peut retenir, c’est que la situation alarmante est principalement exacerbée par l’escalade des violences armées et la crise humanitaire », alerte Donatien Bashagaluke, officier psychologue clinicien chez TPO-RDC. Ces deux facteurs agissent comme un véritable cocktail explosif : à la peur permanente s’ajoutent la perte de repères, la faim et l’absence de perspectives. Lorsque l’esprit est saturé d’horreur, le passage à l’acte suicidaire peut apparaître, à tort, comme une libération.
Les séquelles psychologiques des violences armées prennent des formes multiples. Les massacres, dont les survivants sont les témoins impuissants, laissent une empreinte indélébile. Les déplacements forcés jettent des familles entières sur les routes, brisant les liens sociaux essentiels à tout équilibre mental. Et que dire des violences sexuelles, utilisées comme arme de guerre, qui détruisent l’intimité et l’estime de soi ? « Ces atrocités ne sont pas seulement des blessures du corps, ce sont de véritables bombes à retardement dans l’esprit des victimes », explique le spécialiste.
Pourquoi les jeunes sont-ils particulièrement vulnérables à Bukavu et dans l’ensemble du Sud-Kivu ? Leur cerveau, encore en développement, est moins armé pour gérer un stress extrême. Beaucoup ont grandi au rythme des détonations, sans jamais connaître la sécurité. Ils portent en eux le traumatisme de la guerre comme une seconde peau. Sans soutien psychologique, cette souffrance muette peut se muer en un désespoir profond. Le silence devient alors un ennemi redoutable.
Face à cette urgence silencieuse, les experts de TPO-RDC plaident pour une prise en charge immédiate. « Il est crucial de briser le tabou autour de la santé mentale et d’offrir un soin psychologique ou un accompagnement psychosocial sans délai », insiste Donatien Bashagaluke. Encourager les personnes en détresse à verbaliser leurs émotions auprès d’un proche de confiance est un premier pas essentiel. Comme on panse une plaie avant qu’elle ne s’infecte, il faut traiter les blessures invisibles avant qu’elles ne deviennent fatales.
Des initiatives existent, mais restent largement sous-financées. La communauté, les autorités sanitaires et les partenaires humanitaires doivent unir leurs forces pour multiplier les espaces d’écoute et former des relais communautaires. Un simple mot, une oreille attentive, peuvent parfois sauver une vie. Alors, quand la guerre tente de voler l’avenir des jeunes, la société tout entière a le devoir de leur offrir une raison d’espérer.
En définitive, le suicide à Bukavu n’est pas une fatalité. Il est le symptôme aigu d’un mal plus profond : une société blessée par des années de violences armées et privée de soins psychologiques adéquats. En reconnaissant la santé mentale comme une priorité de santé publique, il est possible d’éviter de nouveaux drames et de redonner aux jeunes le goût de vivre. Le chemin sera long, mais il commence par un pas simple : parler, sans honte.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
