Au cœur de Kisangani, le marché central suffoquait sous un linceul d’immondices, miroir d’une insalubrité chronique qui asphyxie la santé publique. Samedi 30 mai 2026, un sursaut citoyen a brisé ce silence toxique : plusieurs centaines de jeunes, armés de balais et de gants, ont répondu à l’appel de l’archevêque de Kisangani pour une vaste opération d’assainissement. Brosses, pelles et râteaux en main, ils ont redonné vie aux allées du poumon économique de la ville, dans une mobilisation qui résonne comme un cri d’alarme pour la protection de l’environnement en RDC.
Dès les premières heures, Mgr Léonard Ndjadi Ndjate a retroussé sa soutane aux côtés du maire Delly Likunde et de son adjointe. Ensemble, ils ont raclé le sol maculé, ramassé des monceaux d’ordures sous le regard ébahi des commerçants. Des tricycles, réquisitionnés pour l’occasion, ont évacué des tonnes de détritus qui pourrissaient depuis des mois, transformant le marché central de Kisangani en une source invisible de maladies. Cette image forte, celle d’un prélat maniant la pelle, a galvanisé des volontaires majoritairement issus de la paroisse et des mouvements écologiques diocésains.
« Si ça continue ainsi, on voit le maire, on voit Mgr, cela va encourager tout le monde à travailler au centre-ville… », s’est réjouie une habitante, émue de voir les autorités et l’Église unies pour la propreté. Un autre a ajouté : « C’est très bien, comme on met la propreté, il y avait beaucoup de saleté en ville. » L’enthousiasme était palpable, beaucoup espérant que ce nettoyage ne soit pas un feu de paille mais le début d’une prise de conscience collective.
Pour l’archevêque de Kisangani, l’enjeu dépasse le simple geste citoyen. « La responsabilité de prendre soin de notre environnement, de prendre soin de notre maison commune, appartient d’abord à chacun de nous, à chaque famille d’assainir le milieu immédiat où chaque personne vit… », a-t-il martelé, faisant écho à l’encyclique Laudato Si’. Il a insisté sur le lien vital entre salubrité et santé alimentaire : un marché crasseux contamine les denrées, favorisant diarrhées, choléra et autres fléaux. Son appel à la responsabilité individuelle est un rappel à l’ordre : la protection de l’environnement en RDC ne peut plus attendre.
Le maire Delly Likunde a salué une initiative qu’il qualifie de « pédagogique ». Conscient que la sensibilisation ne suffit pas, il promet de renforcer les mesures d’accompagnement pour pérenniser l’assainissement à Kisangani. Parmi les pistes évoquées : installation de poubelles, collectes régulières et sanctions contre les inciviques. Une volonté politique indispensable pour transformer l’essai, car sans infrastructures, les bonnes volontés s’épuisent aussi vite que les déchets réapparaissent.
Cette mobilisation rappelle que Kisangani, poumon vert de la RDC, n’est pas épargnée par la crise des déchets. Selon des études locales, près de 60 % des ordures urbaines ne sont pas collectées, alimentant des décharges sauvages et polluant les rivières. Le marché central, avec ses milliers de visiteurs quotidiens, reste un point noir. Si chaque geste compte, l’heure est à une révolution écologique : les jeunes nettoyage Kisangani ne doivent pas rester une exception. L’archevêque l’a bien compris, lui qui prône une écologie intégrale où foi et action se rejoignent pour sauver la création.
Alors que les derniers camions de déchets quittaient le marché, une question subsiste : cette étincelle de civisme allumera-t-elle un incendie vertueux à travers la ville ? La réponse dépend de chacun. « On ne peut pas manger sain dans un environnement pourri », a lancé un volontaire. À Kisangani, l’assainissement n’est plus une option, c’est une question de survie. La jeunesse a montré la voie, aux autorités de l’emprunter durablement.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
