Depuis quelques jours, un rituel oublié refait surface aux entrées des écoles et des centres de santé de Butembo : le lavage systématique des mains. Un geste simple, presque banal, mais qui redevient soudainement un rempart vital. La raison ? Une ombre que la ville croyait avoir laissée derrière elle : la résurgence de l’épidémie de la maladie à virus Ebola dans la province voisine de l’Ituri et, surtout, la confirmation d’un premier cas dans la cité commerciale du Nord-Kivu. Alors, très vite, les autorités locales, les enseignants et les soignants ont réactivé les réflexes de prévention. Les dispositifs de lavage des mains, les thermomètres infrarouges et les messages de sensibilisation sont redevenus le quotidien des habitants, comme un écho des longues années de lutte contre la dixième épidémie qui avait durement frappé la région.
Ces mesures barrières, qui peuvent paraître minimalistes, sont pourtant d’une efficacité redoutable contre un virus qui ne se transmet pas par l’air mais par le contact direct avec les fluides corporels d’une personne malade ou décédée. Saviez-vous que le simple fait de se laver les mains au savon plusieurs fois par jour peut réduire de plus de la moitié le risque de contamination ? L’installation de lavabos aux portes des établissements scolaires n’est donc pas un détail : c’est un véritable bouclier. Dans plusieurs écoles de Butembo, on voit désormais des élèves et des enseignants se frictionner consciencieusement les mains avant d’entrer en classe, puis en sortant. Une scène qui peut prêter à sourire dans un pays où l’eau et le savon ne sont pas toujours disponibles, mais qui rappelle que la prévention Ebola Nord-Kivu passe d’abord par des gestes quotidiens accessibles à tous.
La riposte ne s’arrête pas aux grilles des écoles. Dans les centres de santé de la ville, la vigilance est tout aussi stricte. Chaque visiteur, chaque patient se voit imposer un contrôle systématique de la température corporelle, suivi d’un lavage obligatoire des mains. Un filtrage qui peut irriter certains, mais qui permet de détecter en amont une éventuelle fièvre — l’un des premiers symptômes d’Ebola. Les responsables de ces structures l’affirment sans détour : face à un virus aussi furtif, la moindre négligence peut coûter cher. Pourtant, ces protocoles ont un coût. Plusieurs directeurs d’école confient avoir puisé dans leurs maigres budgets de fonctionnement pour acheter des kits de lavage. Cela pose une question cruciale : la prévention Ebola Nord-Kivu ne risque-t-elle pas de s’essouffler faute de moyens, comme cela s’est vu lors des précédentes épidémies ?
La situation actuelle résonne douloureusement avec le passé récent. Entre 2018 et 2020, la région avait vécu sous la menace permanente d’Ebola, accumulant les savoirs et les réflexes barrières. Puis, une fois la déclaration de fin d’épidémie prononcée, la lassitude et l’oubli ont souvent repris le dessus. Or, le cas confirmé Ebola enregistré à Butembo ce mois-ci, couplé à la résurgence épidémie Ituri déclarée le 16 mai, constitue un signal d’alarme. Il nous rappelle que le virus ne disparaît jamais totalement et qu’il peut resurgir à la faveur d’une chaîne de contamination inaperçue. Selon les spécialistes de la santé publique, les flambées épidémiques en RDC deviennent de plus en plus fréquentes en raison de la promiscuité, des mouvements de population et du réservoir animal persistant dans la forêt équatoriale. D’où l’importance de ne jamais relâcher la surveillance, même lorsque les cas se font rares.
Alors, comment éviter que ces efforts ne soient vains ? La réponse est à la fois individuelle et collective. Chaque habitant de Butembo et des zones limitrophes doit intégrer que le lavage des mains, l’interdiction de toucher un malade sans protection, ou encore le signalement précoce de tout décès suspect ne sont pas des contraintes temporaires, mais des habitudes de survie. Les autorités sanitaires, de leur côté, doivent garantir un approvisionnement régulier en eau, savon et équipements de protection, tout en multipliant les campagnes de communication en langues locales. Comme aime le répéter un épidémiologiste de la région : « Contre Ebola, notre meilleure arme, c’est la connaissance partagée, bien plus que les médicaments. »
En attendant, les dispositifs de lavage des mains qui fleurissent à Butembo sont bien plus que des seaux et du savon. Ils incarnent une prise de conscience collective, un sursaut de responsabilité face à un ennemi invisible mais ô combien concret. Puissions-nous, cette fois, ne pas attendre la prochaine alerte pour relâcher nos efforts. La prévention Ebola est un marathon, pas un sprint.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
