AccueilActualitéSecuritéÉtat de siège inefficace, ADF massacres : un député hausse le ton

État de siège inefficace, ADF massacres : un député hausse le ton

Le ballet législatif se répète, mais le sang continue de couler. Alors que l’Assemblée nationale s’apprêtait à reconduire l’état de siège au Nord-Kivu et en Ituri pour une énième fois, ce dimanche 17 mai 2026, le député Crispin Mbindule Mitono, élu de Butembo, a dressé un constat d’échec accablant. Dans une intervention poignante, le parlementaire a dénoncé l’inefficacité chronique de cette mesure exceptionnelle, pourtant prorogée de manière mécanique depuis mai 2021.

« Nous prorogeons tous les quinze jours, mais c’est une catastrophe sur le terrain », a-t-il lancé, visiblement excédé. L’objectif initial – traquer les Forces démocratiques alliées (ADF) et restaurer la paix – semble s’être évaporé. Les massacres attribués aux ADF continuent de miner la sécurité au Nord-Kivu et en Ituri. « Chaque jour, on égorge des populations. Ce matin même, à 7 heures, treize personnes ont été tuées », a-t-il révélé, réfutant le bilan déjà lourd de cent morts avancé par un autre député. Une hécatombe silencieuse qui pulvérise les chiffres officiels et interroge sur la crédibilité des opérations militaires.

Au cœur des critiques, l’opération Shujaa, menée conjointement par les FARDC et l’armée ougandaise (UPDF) depuis novembre 2021, affiche des résultats désastreux. « Les ADF ne sont pas réellement attaqués. L’opération Shujaa a montré ses limites », a insisté le député Crispin Mbindule. Pire, ces groupes djihadistes, désormais affiliés à l’État islamique, étendent leur emprise. Ils installent des califats, hissent leurs drapeaux, violent les femmes, enrôlent des enfants-soldats et érigent des barrières pour rançonner les civils. L’opération Shujaa échoue à enrayer cette dynamique, faisant de l’état de siège une façade sécuritaire.

Pourquoi un tel enlisement ? L’élu de Butembo pointe l’absence de contrôle et un déni institutionnel. La récente descente du président de l’Assemblée nationale à Goma et Bunia n’a été, selon ses mots, qu’une « visite de courtoisie », très éloignée d’une véritable évaluation de terrain. Face à la gravité de la situation, il propose la mise en place d’une commission d’enquête mixte intégrant l’Inspection générale des FARDC. « Il ne s’agit pas seulement d’évaluer, mais d’inspecter les opérations, de voir comment l’argent est utilisé et de sanctionner les responsables », a-t-il plaidé. Cette commission devra aussi enquêter sur les intimidations orchestrées par les gouverneurs militaires contre les parlementaires critiques.

« Il suffit de parler pour que l’ANR ouvre des enquêtes. C’est de l’intimidation constante. Je l’ai vécu avec mes collègues de l’Ituri, mais aujourd’hui au Nord-Kivu, c’est encore pire », a dénoncé Crispin Mbindule. Ce climat de peur muselle le débat alors que la menace terroriste s’étale. « Si rien n’est fait, les ADF vont continuer à gagner du terrain. Ils progresseront vers Kisangani, puis l’Équateur, puis Bandundu, et atteindront Kinshasa », a-t-il averti. Un scénario catastrophe qui rappelle la porosité des frontières et la vulnérabilité du pays. L’opération Shujaa échec, couplée à un état de siège inefficace, nourrit les ambitions territoriales de ces groupes armés.

Cette sortie musclée coïncide avec l’entrée en vigueur d’une nouvelle prorogation de l’état de siège, votée dans l’indifférence apparente de l’exécutif. Pourtant, lors de sa rencontre du 11 mai avec le président ougandais Yoweri Museveni, Felix Tshisekedi avait fait de la lutte contre les ADF une priorité. Un dialogue au sommet sans effet palpable sur le terrain. Le parlementaire, par ailleurs président du conseil d’administration du Cadastre minier (CAMI), appelle à un changement radical de méthode : « Pourquoi ne pas remplacer ces gouverneurs militaires par des personnalités aguerries, capables de faire respecter l’ordonnance du chef de l’État ? »

La balle est désormais dans le camp de la représentation nationale. Continuer à renouveler mécaniquement l’état de siège sans évaluation rigoureuse, c’est accepter la banalisation des massacres et l’expansion d’un proto-État islamiste à l’est de la RDC. La proposition de commission d’enquête de Crispin Mbindule constitue une bouée de sauvetage. La sécurité au Nord-Kivu et en Ituri ne peut plus être un slogan. Les populations attendent des actes.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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