À Kananga, dans la province du Kasaï-Central, la vie de Mbuyi, 32 ans, est rythmée par les regards fuyants et les murmures. « Quand je marche au marché, certains changent de trottoir. D’autres cachent leurs enfants, comme si ma peau blanche portait malheur », témoigne cet homme vivant avec albinisme. Ce quotidien de rejet et d’isolement est le lot de centaines de Congolais. Mais un vent d’espoir pourrait bientôt souffler. Mardi 19 mai, l’assemblée provinciale a jugé recevable une proposition d’édit visant à protéger et promouvoir les droits des albinos. Une première historique pour la région.
À l’initiative du député provincial Joseph Nkashama, ce texte législatif entend s’attaquer frontalement aux discriminations que subissent les personnes vivant avec albinisme au Kasaï-Central. « Les coutumes rétrogrades, la méfiance et la discrimination sont autant de maux auxquels ces personnes sont confrontées. Nous avons compris qu’elles naissent en dignité et en droit comme tous les autres humains », a déclaré l’élu. Des mots forts, qui résonnent comme un plaidoyer pour la dignité.
Cette proposition de loi albinos – portée au niveau provincial – vient renforcer les textes nationaux et internationaux encore trop peu appliqués sur le terrain. Au Kasaï-Central, les albinos sont souvent écartés des instances de décision, marginalisés dans l’accès à l’éducation ou à l’emploi, et parfois victimes de violences liées à des croyances occultes. « Un édit protection albinos RDC était devenu indispensable pour changer les mentalités », a ajouté Joseph Nkashama.
Face à cette avancée législative, Étienne Tshisekedi, président de l’Association nationale des personnes vivant avec albinisme au Kasaï-Central, n’a pas caché son émotion : « J’ai vraiment apprécié cette initiative, qui fait que les droits des albinos soient vraiment respectés dans notre province. » Son cri du cœur résume le sentiment d’une communauté trop longtemps laissée pour compte.
Pourquoi une telle discrimination albinos persiste-t-elle dans cette partie de la RDC ? Les réponses sont multiples : préjugés ancestraux, manque d’information, impunité, absence de cadre juridique adapté. Combien d’enfants albinos sont cachés par honte familiale ? Combien d’adultes sont abandonnés à la mendicité parce qu’aucune structure ne les accompagne ? Ces questions rhétoriques, Joseph Nkashama les a posées devant ses collègues députés pour justifier l’urgence de légiférer. Le texte prévoit des mécanismes de protection sociale, des campagnes de sensibilisation et des sanctions contre les auteurs de stigmatisation.
L’édit a été renvoyé à la commission socioculturelle pour un examen approfondi avant son adoption définitive. Un passage obligé qui pourrait soit renforcer le texte, soit l’édulcorer sous la pression de groupes conservateurs. Les défenseurs des droits des albinos restent vigilants. « Nous espérons que les députés iront jusqu’au bout », confie une mère d’une fillette albinos à Kananga, qui préfère taire son nom par crainte des représailles.
Au-delà du Kasaï-Central, cette initiative pose une question sociétale majeure : comment la République démocratique du Congo peut-elle garantir l’inclusion de toutes ses composantes ? Le combat des albinos Kasaï-Central est un miroir tendu à toute une nation. La proposition d’édit pourrait devenir un modèle pour d’autres provinces, à condition que les promesses politiques se transforment en actes concrets. Le chemin vers l’égalité est encore long, mais ce 19 mai restera peut-être comme le jour où la dignité a commencé à reprendre ses droits.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
