L’Assemblée nationale a retenu son souffle ce mercredi 20 mai. Sous la houlette d’Aimé Boji, le président de la chambre basse, le deuxième vice-président Christophe Mboso a officiellement retiré ses propos jugés sexistes tenus quelques jours plus tôt à l’encontre d’une députée de l’opposition. En séance plénière, l’élu a fait amende honorable, mettant fin à une polémique qui avait enflammé les réseaux sociaux et menaçait d’embarrasser l’institution au-delà du raisonnable.
Ce revirement spectaculaire n’a rien d’anodin. Il intervient après une levée de boucliers numériques où les défenseurs des droits des femmes, mais aussi une large frange de l’opinion, ont dénoncé une régression dans le discours politique. La pression populaire, relayée par des influenceurs et des organisations de la société civile, a sans doute précipité la décision du bureau de l’Assemblée. Un dossier « devenu viral », reconnaît-on dans les couloirs du Palais du peuple.
Aimé Boji, qui dirigeait la plénière, a immédiatement qualifié la rétractation de « geste de responsabilité et d’humilité institutionnelle ». En saluant ce pas en arrière, le président de l’Assemblée a voulu désamorcer une crise qui aurait pu écorner l’image de l’hémicycle, déjà régulièrement critiqué pour son machisme ambiant. Il a même convié la jeunesse congolaise à s’inspirer de la démarche, manière habile de transformer un incident fâcheux en leçon de gouvernance.
Cette capitulation en rase campagne médiatique traduit une prise de conscience—ou du moins une adaptation politique—autour de la question du respect des femmes en RDC. Longtemps cantonné aux slogans officiels, le combat pour l’égalité des sexes semble trouver un écho concret dans les institutions. Il y a peu, le gouvernement s’était insurgé contre des discours similaires visant la Première ministre Judith Suminwa. La convergence des condamnations, tant exécutives que législatives, esquisse un front commun pour réhabiliter la parole féminine dans l’arène politique.
Pour la majorité au pouvoir, cette issue est un moindre mal. En retirant ses propos, Christophe Mboso évite une motion de censure déguisée et préserve l’agenda parlementaire de tensions inutiles. L’opposition, privée d’un angle d’attaque, ne pourra plus instrumentaliser les dérapages du vice-président. Pourtant, derrière ce soulagement affiché, une question persiste : ce retrait n’est-il qu’un repli tactique dicté par l’emballement médiatique, ou annonce-t-il une ère de tolérance zéro envers le sexisme ordinaire à l’hémicycle ?
Pour les analystes, le signal envoyé à tous les élus est clair : les dérapages verbaux à connotation sexiste ne seront plus tolérés sans conséquence, du moins sur le plan de l’opinion publique. Reste à savoir si ce sursaut d’indignation se traduira par des réformes structurelles—comme une révision du code de conduite parlementaire ou des sanctions disciplinaires plus sévères—ou s’il ne s’agit que d’un feu de paille médiatique. L’Assemblée nationale a montré qu’elle savait réagir sous la pression, mais guérira-t-elle le mal à sa racine ?
Loin d’être un simple accident, l’affaire Mboso révèle l’écart entre les discours officiels sur l’égalité des genres et la réalité des comportements institutionnels. La RDC, qui célèbre régulièrement la femme congolaise dans les cérémonies, voit désormais ses propres représentants contraints de balayer publiquement des propos indignes. Un paradoxe que la société ne manquera pas de relever lors des prochaines échéances électorales, où la sensibilité aux droits des femmes pourrait peser dans les urnes.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
