Dans une séquence devenue virale sur les réseaux sociaux, la légende de la rumba congolaise, JB Mpiana, a publiquement affiché son soutien au président Félix Tshisekedi, saluant des ‘réalisations’ qu’il juge ‘positives pour le développement du pays’. Une déclaration qui, au-delà de l’hommage artistique, s’invite dans le marigot politique congolais comme un pavé dans la mare. Car lorsque le leader charismatique de Wenge BCBG s’exprime, ce n’est jamais sans écho. ‘Je soutiendrai toujours les bonnes actions. Depuis ma naissance, je n’avais jamais vu une université être construite, mais aujourd’hui, il y a des constructions. C’est la même chose pour les routes’, a lancé le chanteur, avant d’ajouter : ‘Fatshi a une mission et nous devons le laisser faire son travail.’ Des mots simples, mais dont la portée symbolique est immense dans un pays où la voix des artistes résonne souvent plus fort que celle des politiques.
Cette déclaration de JB Mpiana intervient dans un contexte politique particulièrement électrique. Depuis plusieurs mois, la communication gouvernementale martèle le récit d’un ‘Congo en chantier’, multipliant les inaugurations de routes, d’universités et d’aéroports modernisés. Le président Tshisekedi lui-même ne manque pas une occasion de vanter ces avancées, pilier de sa stratégie de légitimation à l’approche des prochaines échéances électorales. Le soutien d’une icône musicale incontestée comme JB Mpiana vient donc apporter une caution populaire et culturelle à ce narratif officiel. Mais s’agit-il d’un élan spontané ou d’une symphonie plus orchestrée qu’il n’y paraît ?
L’intersection entre la musique congolaise et la politique n’est pas neuve. De nombreux artistes, de Werrason à Koffi Olomidé, ont par le passé apporté leur voix à des causes ou des figures du pouvoir, avec des fortunes diverses. Cependant, le cas de JB Mpiana est particulier : son aura, forgée par des décennies de succès avec Wenge BCBG, transcende les clivages générationnels. Sa parole pourrait influencer une frange non négligeable de l’opinion, notamment cette jeunesse désenchantée qui fredonne ses classiques tout en doutant de la classe dirigeante. La question mérite d’être posée : la musique adoucit-elle les mœurs au point de légitimer un bilan gouvernemental ?
Les réactions ne se sont pas fait attendre. D’un côté, les partisans du chef de l’État se félicitent de voir une personnalité de cette envergure reconnaître les ‘réalisations de Félix Tshisekedi’. De l’autre, des voix critiques rappellent un vieux débat : celui de la distance que les artistes devraient observer vis-à-vis de l’arène politique. Certains y voient une instrumentalisation de la culture à des fins de propagande, tandis que d’autres défendent la liberté d’expression de chacun, fut-il un monument de la rumba. Mais au fond, cette controverse révèle une vérité plus profonde : dans une République où les institutions peinent à rassurer, l’onction des faiseurs d’opinion informels devient un capital politique précieux.
Pour le pouvoir, l’effet est double. Il conforte l’idée que les chantiers visibles – ces universités et routes que JB Mpiana évoque – seraient la preuve d’une gouvernance en marche. Mais il expose aussi le régime à un risque de contraste saisissant : que restera-t-il de cette mélodie si les promesses de ‘mission’ inachevée se heurtent à la réalité des attentes sociales ? Car si l’artiste appelle à laisser ‘Fatshi faire son travail’, encore faut-il que ce travail produise des résultats tangibles pour le citoyen lambda. Le soutien de JB Mpiana est donc une lame à double tranchant : il donne du crédit, mais il élève aussi le niveau d’exigence.
À l’heure où les alliances politiques se recomposent et où la société civile scrute chaque mouvement, la sortie du patron de Wenge BCBG relance le débat sur le rôle des icônes culturelles dans la construction d’un récit national. Simple déclaration d’admiration ou véritable acte politique ? La frontière est floue, mais l’impact, lui, est bien réel. Dans les prochains jours, les stratèges de la majorité chercheront sans doute à capitaliser sur ce moment, tandis que l’opposition dénoncera une tentative de diversion. Une chose est sûre : en mêlant sa voix au chœur politique, JB Mpiana a ajouté une note de plus à la complexe partition d’un pays en quête de lui-même.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net
