Le mercredi 20 mai 2025 restera gravé dans les annales de la santé mondiale. Ce jour-là, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a officiellement déclaré que l’épidémie de maladie à virus Ebola qui frappe la République démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda constitue une urgence de santé publique de portée internationale. C’est une décision sans précédent, prise sans même avoir convoqué au préalable le comité d’urgence, signe que la situation est jugée extrêmement préoccupante par les experts genevois.
Mais pourquoi une telle réaction ? Les chiffres donnent le vertige. Selon les données officielles, 51 cas ont déjà été confirmés en RDC, principalement dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Les villes de Bunia et de Goma, carrefours économiques et humanitaires, sont directement touchées. L’épidémie a même franchi les frontières : deux cas, dont un décès, ont été signalés à Kampala, la capitale ougandaise, sur des personnes ayant récemment voyagé depuis la RDC. Un scénario redouté par tous les épidémiologistes.
Pourtant, ces 51 cas ne sont que la partie émergée de l’iceberg. L’OMS estime que l’ampleur réelle est bien plus vaste. Pas moins de 139 décès et plus de 600 cas suspects sont actuellement sous surveillance. Une progression inquiétante qui rappelle les heures sombres des épidémies précédentes, mais avec une différence de taille : la souche en cause est le virus Bundibugyo. Et c’est là que le bât blesse. Contrairement à la souche Zaïre qui avait ravagé l’Afrique de l’Ouest en 2014-2016, il n’existe aujourd’hui aucun vaccin homologué, ni aucun traitement spécifique pour combattre cette espèce virale. C’est comme vouloir éteindre un incendie sans eau ni extincteur.
Le contexte local transforme cette crise sanitaire en véritable bombe à retardement. La province de l’Ituri est en proie à une insécurité chronique depuis la fin de l’année 2025, avec une intensification des conflits armés qui a jeté sur les routes plus de 100 000 personnes déplacées. Ces populations fragilisées, épuisées, se retrouvent dans des camps surpeuplés où les mesures d’hygiène sont un luxe inatteignable. À cela s’ajoute la mobilité intense dans cette région minière, où des milliers de travailleurs vont et viennent chaque jour, accélérant la propagation du virus.
Face à ce cocktail explosif, l’OMS a débloqué en urgence 3,9 millions de dollars américains pour renforcer la riposte sur le terrain : déploiement de personnel, envoi d’équipements de protection, intensification de la surveillance épidémiologique. L’agence onusienne a aussi salué la coopération des gouvernements congolais et ougandais. Une décision forte a été prise par Kampala : reporter les célébrations annuelles de la journée des martyrs, un événement religieux qui attire habituellement jusqu’à deux millions de fidèles. Une mesure de bon sens, quand on sait que les rassemblements de masse sont de véritables accélérateurs de contagion.
Comment, dès lors, se protéger ? Sans vaccin ni traitement, le message des experts est limpide : il faut revenir aux fondamentaux. Les mesures barrières – lavage régulier des mains, éviter tout contact avec les fluides corporels des malades, signaler rapidement tout symptôme – sont les seuls remparts efficaces. Les symptômes d’Ebola sont bien connus : fièvre brutale, maux de tête intenses, vomissements, diarrhées et, dans certains cas, des saignements. Mais trop souvent, les premiers signes sont confondus avec un simple paludisme, d’où l’importance d’une vigilance extrême.
L’OMS insiste également sur la surveillance communautaire. Chaque village, chaque quartier doit devenir un maillon actif de la riposte, en signalant sans délai les suspicions de cas. Comme le répètent les spécialistes, une épidémie se gagne dans les 48 premières heures qui suivent un nouveau cas. Chaque minute compte.
En définitive, cette déclaration d’urgence internationale est un appel à la solidarité. Elle ne signifie pas que le pire est inéluctable, mais que la fenêtre pour agir est étroite. Les leçons des épidémies passées nous l’ont montré : avec une réponse coordonnée et le respect scrupuleux des gestes barrières, on peut briser les chaînes de transmission. Reste désormais à transformer l’inquiétude en action.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
