En trois jours, le nombre de décès suspects liés à la maladie à virus Ebola a bondi de 80 à 118, a annoncé ce lundi le porte-parole du gouvernement congolais. Cette accélération brutale, confirmée par le ministre de la Santé Roger Kamba, dépêché en Ituri, illustre une progression que les autorités sanitaires jugent « préoccupante ». Alors que deux nouveaux foyers viennent d’être identifiés à Nyankunde et Katwa, et qu’un cas isolé a été signalé à Goma, la République démocratique du Congo fait face à une épidémie d’Ebola Bundibugyo aux contours encore mouvants.
L’épidémie, la dix-septième sur le sol congolais depuis 1976, a été officiellement déclarée le 15 mai dernier. Le séquençage complet du génome viral, réalisé par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), a permis d’identifier une souche Bundibugyo génétiquement distincte de celles de 2007 et 2012. Selon le professeur Jean-Jacques Muyembe, codécouvreur du virus, cette souche est issue directement d’un réservoir animal, ce qui exclut une réémergence à partir d’un survivant. La chauve-souris frugivore, réservoir naturel, reste le suspect numéro un, même si les investigations se poursuivent pour identifier l’hôte intermédiaire.
Mais comment une fièvre hémorragique peut-elle reprendre une telle vigueur ? Pour le comprendre, il faut rappeler que le virus Ebola se transmet par contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou avec des surfaces contaminées. Les symptômes initiaux – fièvre, fatigue, douleurs musculaires – peuvent être confondus avec ceux du paludisme, rendant le diagnostic précoce délicat. Viennent ensuite des vomissements, diarrhées, puis dans les cas graves des hémorragies internes et externes. La période d’incubation varie de 2 à 21 jours, ce qui offre au virus une fenêtre pour voyager incognito.
Les nouveaux foyers Ebola confirment ce risque de dispersion. Nyankunde, dans le territoire d’Irumu en Ituri, se trouve à seulement 45 kilomètres au sud-ouest de Bunia, une ville déjà affectée. À Katwa, dans la commune de Butembo au Nord-Kivu, deux cas ont été confirmés, ravivant le souvenir douloureux de l’épidémie d’Ebola Zaïre de 2018-2020 qui avait durement frappé cette cité commerçante de plusieurs centaines de milliers d’habitants. Mais c’est le signalement d’un cas à Goma qui inquiète le plus les experts. Goma, sous administration de l’AFC/M23 depuis début 2025, est un nœud de transit régional aux portes du Rwanda et de l’Ouganda. « Un cas en milieu urbain dense et connecté, c’est comme une allumette dans une poudrière », illustre un spécialiste des épidémies sous couvert d’anonymat. Chaque jour, des milliers de personnes traversent cette ville-carrefour, ce qui rend le traçage des contacts un véritable casse-tête.
Au total, les zones de santé affectées s’étendent désormais sur deux provinces : Mongwalu, Rwampara, Bunia et Nyankunde en Ituri, ainsi que Butembo-Katwa et Goma au Nord-Kivu. Le bilan officiel de 118 morts suspects, rappelons-le, ne concerne pas uniquement les cas confirmés en laboratoire. Il englobe toutes les personnes décédées avec des symptômes compatibles et un lien épidémiologique plausible, ce qui suggère que l’ampleur réelle de l’épidémie pourrait être supérieure. L’ONG Oxfam, citant des sources sur le terrain, évalue le nombre total de cas suspects à plus de 400, dont 89 morts. Ce décalage entre les chiffres gouvernementaux et ceux des organisations humanitaires illustre la difficulté de collecter des données fiables dans des zones parfois enclavées et insécurisées.
Face à cette montée en puissance, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré dès le 17 mai une « urgence de santé publique de portée internationale ». Ce mécanisme, activé avec parcimonie, permet de mobiliser des ressources financières et humaines exceptionnelles. Concrètement, la riposte s’organise autour de piliers classiques : isolement rapide des malades dans des centres de traitement, recherche exhaustive des contacts, enterrements sécurisés et dignes, et vaccination en anneau ciblant les sujets à risque. La RDC dispose d’un stock de vaccins efficaces, notamment contre la souche Zaïre, mais leur efficacité contre cette souche Bundibugyo est en cours d’évaluation. Des antiviraux comme le remdesivir pourraient également être déployés dans le cadre de protocoles compassionnels.
Alors, que faire pour se protéger ? Les autorités sanitaires recommandent d’éviter tout contact avec les chauves-souris, les rongeurs et les primates, potentiels porteurs du virus. La viande de brousse doit être cuite à cœur. En cas de fièvre brutale ou de saignement inexpliqué, il est impératif de se rendre immédiatement dans une structure de santé et de signaler tout déplacement récent dans une zone touchée. Lavage fréquent des mains, utilisation de solutions hydroalcooliques et respect des consignes des équipes d’intervention restent les piliers de la prévention individuelle. « La peur est mauvaise conseillère, l’information reste notre meilleure arme », insiste un communicateur de la riposte.
En Ituri comme au Nord-Kivu, des populations déjà éprouvées par des décennies de conflits se retrouvent aujourd’hui confrontées à cet ennemi invisible. La course contre la montre est enclenchée. Chaque heure compte pour briser les chaînes de transmission et empêcher que les morts Ebola ne se comptent, demain, en centaines plutôt qu’en dizaines.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
