Alors que l’Organisation mondiale de la santé déclarait ce dimanche 17 mai l’épidémie d’Ebola Bundibugyo comme une urgence de santé publique de portée internationale, le professeur Jean-Jacques Muyembe, co-découvreur du virus Ebola, n’a pas mâché ses mots. « Il y a eu une grande faiblesse dans la surveillance. Notre système n’a pas fonctionné », a-t-il assené, pointant un retard de détection qui a laissé le virus circuler pendant plusieurs semaines dans la province de l’Ituri.
Selon les chiffres officiels du ministère de la Santé, 246 cas suspects et 80 décès sont déjà enregistrés. Pour le virologue qui dirige l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), cette flambée est d’autant plus préoccupante qu’elle s’est propagée sans bruit. Comment un pays rompu à la lutte contre Ebola, avec 16 épidémies au compteur, a-t-il pu se laisser surprendre à ce point ?
Le Pr Muyembe dénonce d’abord une irresponsabilité collective. « Dans cette région, vous avez des députés, des sénateurs qui savent qu’il y a des morts et on ne dit rien. » Mais le nœud du problème est aussi technique. Le laboratoire de Bunia, équipé pour détecter uniquement la souche Zaïre — la plus fréquente —, rendait des résultats négatifs. Pourtant, les symptômes de fièvre hémorragique étaient bien là. Une analogie simple : c’est comme si les pompiers disposaient d’un détecteur de fumée réglé sur un seul type d’incendie, laissant l’autre couver sous la cendre. Les échantillons envoyés à Kinshasa ont finalement permis à l’INRB de confirmer la souche Bundibugyo : 8 prélèvements sur 13 étaient positifs.
Un cas confirmé à Goma, chez une femme dont le mari est décédé à Bunia, illustre la rapidité de propagation. « Nous ne connaissons pas encore tous ses contacts », admet Jean-Jacques Muyembe, alors que les épidémiologistes s’activent pour dresser la liste. Un cas suspect à Kinshasa a heureusement été infirmé : la personne venue spontanément à l’INRB a été testée négative.
Sur le plan clinique, les deux souches sont indiscernables : transmission par contact avec les liquides corporels, fièvre, hémorragies. Mais leur pouvoir pathogène diffère sensiblement. Avec Bundibugyo, le taux de mortalité tourne autour de 30 %, contre plus de 80 % pour la souche Zaïre. Un moindre mal, donc, mais pas une raison de baisser la garde.
L’absence de vaccin ou de traitement spécifique contre Ebola Bundibugyo suscite des inquiétudes. Pourtant, rappelle le professeur, « sur 17 épidémies vécues en RDC, 15 ont été maîtrisées sans vaccin ni traitement ». La recette ? Rompre la chaîne de transmission par l’isolement des malades, la réhydratation, la gestion digne et sécurisée des dépouilles. « C’est avec ça qu’on a vaincu l’épidémie à Isiro en 2012, avec la même souche », martèle-t-il, appelant à ne pas semer la panique.
Mais la riposte 2025 se heurte à un obstacle de taille : l’insécurité en Ituri. Comme en 2018-2020 à Beni et Butembo, les déplacements massifs de populations et l’état de siège compromettent la surveillance active. Pourtant, Muyembe se veut rassurant : « Nous avons des experts. Nous allons gérer cette situation et la maladie ne va pas se répandre. »
À l’heure où Kampala et Goma enregistrent des cas confirmés, le renforcement de la collaboration avec les pays voisins (Rwanda, Soudan du Sud) est à l’ordre du jour. L’INRB pilotera cette coordination. Pour le peuple congolais, le message du co-découvreur du virus Ebola est clair : faites confiance à la science nationale, respectez les gestes barrières, et l’épidémie sera vaincue une dix-septième fois.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
