AccueilActualitéSantéEbola Bundibugyo : Muyembe rassure, « nous vaincrons comme avant »

Ebola Bundibugyo : Muyembe rassure, « nous vaincrons comme avant »

L’annonce d’une nouvelle épidémie d’Ebola en République Démocratique du Congo a, une fois de plus, glacé le sang. Avec 246 cas suspects et 80 décès déjà enregistrés, la situation est jugée « grave » par le professeur Jean-Jacques Muyembe, le virologue congolais qui a co-découvert le virus en 1976. Ce dimanche, alors que l’OMS déclenchait l’urgence de santé publique internationale, le patron de l’INRB a livré à ACTUALITE.CD un entretien sans concession. Il y exprime sa colère face au retard de détection, confirme le cas de Goma, mais appelle surtout à la confiance : « Nous avons les capacités de gérer cette épidémie avec méthode. »

Le constat est amer. Comment, en 2025, un foyer épidémique peut-il passer inaperçu pendant près de six semaines ? Le premier cas suspect remonte au 24 avril, à Bunia, où un infirmier est décédé. La confirmation officielle n’est tombée que bien plus tard. « Il y a eu une grande faiblesse dans la surveillance », tonne Jean-Jacques Muyembe. « Notre système n’a pas fonctionné. » Et de pointer une irresponsabilité collective : « Dans cette région, des députés, des sénateurs qui vont en vacances savent qu’il y a des morts et on ne dit rien. » Le réveil est brutal.

Plus inquiétant encore, le laboratoire local, calibré pour reconnaître la souche Zaïre d’Ebola – la plus redoutable avec un taux de mortalité de 80% –, a rendu des tests négatifs. Or, cette fois, c’est la souche Bundibugyo, moins meurtrière (environ 30% de létalité), qui circule. « Le système de diagnostic utilisé sur place ne reconnaissait pas ce virus », a expliqué le scientifique, précisant que les échantillons envoyés à Kinshasa ont, eux, parlé clairement : 8 positifs sur 13. Ce retard technique en dit long sur la nécessité d’étendre des diagnostics capables de détecter toutes les souches d’Ebola Bundibugyo, surtout dans une zone de conflit comme l’Ituri.

Face à cette épidémie RDC, l’heure n’est pourtant pas à la panique, selon Jean-Jacques Muyembe. À ceux qui redoutent une propagation incontrôlable faute de vaccin spécifique, il rappelle une vérité historique : « Sur les 17 épidémies que nous avons vécues, 15 ont été maîtrisées simplement en appliquant les mesures de santé publique. » Rompre la chaîne de transmission reste la mère des batailles : éviter les contacts avec les liquides corporels, isoler les malades, suivre les contacts, assurer des enterrements dignes et sécurisés. C’est avec ces gestes ancestraux que le Congo a terrassé la fièvre hémorragique épidémie après épidémie.

Le cas confirmé à Goma illustre l’urgence de la riposte. Une femme, dont le mari est décédé à Bunia Ebola, a été testée positive. Les épidémiologistes dressent fébrilement la liste de ses contacts, mais le mal est peut-être déjà fait. Ce cas, ajouté aux déplacements massifs de populations dans une province sous état de siège, ravive le spectre d’une dissémination régionale. Interrogé sur ce risque, Jean-Jacques Muyembe se veut néanmoins pragmatique : « Il faut une bonne surveillance du côté du Rwanda et du Soudan du Sud. L’INRB va travailler avec les pays voisins. » Il écarte en revanche toute panique autour d’un supposé cas à Kinshasa – la personne s’est présentée spontanément, ses tests sont négatifs.

Alors, le peuple congolais doit-il s’inquiéter de l’absence de vaccin et de traitement approuvés contre cette souche Bundibugyo ? La réponse du professeur est un appel lucide à la confiance scientifique : « Nous ne devons pas semer la panique parce que nous n’avons pas de vaccin. Nous avons les capacités. » D’ici la fin du mois, des études identifieront les candidats vaccins ou molécules prometteuses. En attendant, les médecins savent calmer la fièvre, réhydrater et soutenir les organismes affaiblis. En 2012, la RDC avait déjà dompté cette même souche à Isiro. Pourquoi serait-ce différent aujourd’hui ?

L’urgence sanitaire est là, mais l’histoire plaide en faveur de la résilience congolaise. Des experts chevronnés, emmenés par Jean-Jacques Muyembe, sont à la manœuvre. Reste à chacun – autorités, soignants, population – à jouer sa partition pour que la surveillance et les gestes barrières ne restent pas des mots creux. La science seule ne suffit pas ; elle requiert l’union et la réactivité de tous.

Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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