Sur l’axe Bunia-Mongwalu, dans la province de l’Ituri, plus de 80 personnes ont déjà perdu la vie à cause d’Ebola, non pas uniquement en raison de la virulence du virus, mais surtout par méconnaissance et par un refus obstiné des gestes barrières. Une hécatombe silencieuse qui interpelle : comment une épidémie pourtant bien documentée continue-t-elle de tuer massivement dans l’indifférence de certains ?
Chaque matin, près d’une vingtaine de camions bondés de marchandises et de passagers quittent Bunia pour Mongwalu. Entassés, ces voyageurs ne portent ni cache-nez ni n’utilisent de désinfectant. Une insouciance qui transforme ces véhicules en foyers de contamination mobiles. Selon des sources médicales locales, la situation est d’autant plus alarmante que bon nombre de ces usagers affirment ne pas croire en l’existence d’Ebola. Du marché central de Bunia aux arrêts improvisés sur la route, les témoignages traduisent un scepticisme profond.
« J’ai entendu dire qu’Ebola sévit dans la région, mais je ne sais pas s’il s’agit réellement de cette maladie ou d’une autre, car les symptômes varient d’un malade à l’autre. Je ne suis pas convaincu de ce qui tue les gens, donc je ne porte pas de masque », confie un passager au parking du marché central. Ce doute, beaucoup le partagent, préférant invoquer une protection divine ou remettre en cause la réalité de l’épidémie. Une attitude qui rappelle que dans la lutte contre Ebola, le virus le plus dangereux n’est pas toujours celui que l’on croit : c’est parfois l’ignorance elle-même.
L’épidémie Ebola en Ituri est un ennemi invisible, capable de se glisser dans une simple poignée de main ou une gouttelette de salive. Sans l’application rigoureuse des gestes barrières Ebola – lavage des mains, port du masque, distanciation – chaque trajet sur la route Bunia-Mongwalu devient une roulette russe sanitaire. Les professionnels de santé ne cessent de le répéter : le virus ne se voit pas, il ne se ressent pas avant plusieurs jours, mais il tue dans près de la moitié des cas. Alors, peut-on vraiment se fier à la seule bonne étoile pour échapper à une maladie qui a déjà fait plus de 80 victimes dans la région ?
La réponse des experts est sans appel. Pour endiguer la propagation, la sensibilisation Ebola doit être massive, répétée, adaptée aux croyances locales sans les heurter, mais avec fermeté. Il ne s’agit plus seulement d’informer, mais de convaincre. Des campagnes de proximité doivent expliquer, avec des mots simples, pourquoi les symptômes – fièvre, vomissements, saignements – ne sont pas une invention, et comment une personne contaminée, même sans signe visible, peut transmettre le virus. « Le cache-nez n’est pas un accessoire de mode, c’est une barrière qui sauve des vies », martèle un médecin engagé dans la riposte.
Pour y parvenir, les acteurs de la santé appellent le gouvernement congolais et ses partenaires à intensifier les actions sur le terrain. Il ne suffit pas d’afficher des messages dans les centres de santé ; il faut aller au-devant des populations, dans les parkings, sur les marchés, sur les camions eux-mêmes. Et pourquoi ne pas envisager des mesures plus contraignantes, comme le contrôle du port du masque à bord des véhicules de transport en commun ? L’expérience d’autres épidémies a montré que les mesures incitatives seules ne suffisent pas face à un déni aussi fort.
En attendant une prise de conscience collective, chaque voyage sans précaution sur la route de Mongwalu est un pari risqué. L’épidémie Ituri ne se vaincra pas uniquement dans les laboratoires ou les centres de traitement, mais aussi dans les esprits. La foi, aussi fervente soit-elle, ne remplace pas un masque bien ajusté et des mains propres. La protection divine, comme le rappelle un adage populaire, aide ceux qui s’aident eux-mêmes.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
