Le coup est rude pour le territoire d’Uvira, au Sud-Kivu. Alors que le retrait des rebelles du M23 laissait présager une bouffée d’oxygène pour l’économie locale, c’est une douche froide que le député national Claude Misare a ressentie. Dans une correspondance adressée le 16 mai au ministre du Commerce extérieur, l’élu a dénoncé avec véhémence la résiliation par la Banque mondiale du contrat de construction des postes frontaliers de Sange/Nyamoma et Rubenga. Une décision intervenue à peine deux jours après la fin de l’occupation rebelle, qui a semé stupeur et incompréhension au sein de la population.
Ces infrastructures, piliers du « Projet de Facilitation du commerce et Intégration dans la région des Grands Lacs », étaient bien plus que de simples guichets douaniers. Elles incarnaient un véritable moteur de développement pour une région meurtrie, avec 1800 emplois directs à la clé. « Nous apprenons avec amertume que la Banque mondiale vient de résilier le contrat de construction de deux postes frontaliers seulement, deux jours après le retrait du M23 », a clamé Claude Misare, porte-voix d’une population qui voyait dans la reprise travaux Sud-Kivu une source d’espoir. Le député s’interroge : comment justifier un tel revirement, alors que les verrous sécuritaires sautent et que les réfugiés commencent à regagner le bercail ?
La chronologie des faits a de quoi laisser perplexe. Le projet, déjà financé à hauteur de 30 %, était prêt à redémarrer. La Banque mondiale RDC avait pourtant donné son feu vert, et les attentes étaient immenses. La résiliation soudaine du marché, sans explication publique, jette le trouble sur la suite des opérations commerciales transfrontalières, alors que la zone constituait un carrefour vital pour les échanges avec le Burundi et au-delà. Est-ce un calcul économique à courte vue ou une méfiance persistante vis-à-vis de la situation sécuritaire ?
Claude Misare ne s’y trompe pas : ces postes frontaliers Uvira sont « un levier important pour l’emploi et la relance économique locale ». Le député exige le déploiement d’une mission mixte pour évaluer l’état du chantier et, surtout, rétablir un dialogue constructif avec le bailleur. « La population d’Uvira attendait la reprise immédiate des travaux », insiste-t-il, soulignant que l’arrêt brutal risque d’asphyxier les petites économies locales qui misent sur les flux de marchandises.
Du côté de la Banque mondiale, le silence radio est assourdissant. Radio Okapi n’a pas obtenu de réaction, laissant planer un épais brouillard sur les motivations de l’institution. Ce mutisme alimente les frustrations et nourrit le sentiment d’un développement en trompe-l’œil. Car au moment où la RDC cherche à relancer ses activités productives, chaque recul dans l’emploi économie locale devient une plaie béante. Les petits commerçants d’Uvira, qui voyaient dans ces postes douaniers une fenêtre sur la prospérité, devront-ils encore patienter ?
Le plaidoyer de Claude Misare prend des allures de combat pour la dignité d’une région trop souvent abandonnée. La résurrection de ces chantiers pourrait envoyer un signal fort : celui que la paix retrouvée se traduit en dividendes concrets. Sans un redémarrage rapide, c’est tout le tissu socio-économique du Sud-Kivu qui risque de repartir à vau-l’eau, freinant l’intégration régionale tant promise.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
