Plus de 250 camions, figés en une interminable file métallique, paralysent actuellement la route Kasumbalesa, ce corridor économique vital reliant le Haut-Katanga à la Zambie. La cause ? Un nouveau dispositif de contrôle provincial imposant un passage obligatoire au scanner, conditionné au paiement d’une taxe de 100 dollars américains par véhicule. Une scène qui ravive le spectre d’une paralysie trafic similaire survenue l’année dernière, et qui menace de gripper l’un des poumons commerciaux du pays.
Depuis plusieurs jours, l’asphyxie gagne cet axe stratégique. Les moteurs tournent au ralenti, les klaxons se taisent, remplacés par le silence pesant de l’attente. Comment une mesure présentée comme un simple contrôle a-t-elle pu transformer ce cordon ombilical économique en un goulot d’étranglement kafkaïen ? Chaque camion contraint de s’acquitter de cette taxe camion voit son immobilisation se compter en jours, et non en heures. Les marchandises — minerais, denrées alimentaires, carburant — menacent de se détériorer, tandis que les transporteurs additionnent des pertes colossales.
« Nous passons plusieurs jours ici sans avancer », confie un chauffeur, le regard rivé sur sa cargaison périssable. « Les coûts s’envolent et personne ne nous dit quand ça ira mieux. » Ce témoignage illustre l’exaspération qui monte parmi les usagers de cette route. Sur certaines portions, la circulation est quasiment inexistante, les camions stationnant sur des kilomètres, impactant également les autres véhicules, tels des vaisseaux fantômes échoués sur un axe pourtant pensé pour la fluidité des échanges.
Le spectre de la crise de 2025 resurgit. À l’époque, au niveau du poste de péage de Kanyaka, une taxe provinciale avait déjà provoqué un blocage similaire, des embouteillages monstres et une colère des transporteurs étrangers. Aujourd’hui, l’histoire semble bégayer, laissant craindre une dégradation durable de la confiance des opérateurs économiques. La route Kasumbalesa, artère vitale pour l’approvisionnement des sites miniers et le commerce transfrontalier, voit sa fonction stratégique menacée par une mesure administrative dont l’équilibre entre contrôle et fluidité reste introuvable.
Les conséquences économiques se dessinent comme une onde de choc. Déjà, certains experts prévoient une hausse des coûts logistiques de l’ordre de 15 à 20 %, un renchérissement qui se répercutera sur les prix des produits finis et sur la compétitivité des exportations. Le Haut-Katanga, région moteur de la croissance grâce à ses richesses minières, risque de voir son attractivité économique entamée. « Chaque jour de paralysie, c’est un drain sur le PIB régional », alerte un analyste, rappelant que le corridor économique assure près de 40 % des échanges formels avec la Zambie.
Pendant ce temps, la souffrance des chauffeurs s’aggrave : absence d’aires de repos, pénurie de services de base, fatigue accumulée. Les files interminables deviennent des villages de tentes improvisées, où l’on commerce l’eau et le pain à des prix décuplés. Une situation humanitaire annexe qui interpelle silencieusement les autorités : jusqu’où peut-on étirer l’élastique avant qu’il ne rompe ?
Ce nouvel épisode révèle une tension structurelle : celle entre la nécessité de mobiliser des recettes provinciales et l’impératif de maintenir la libre circulation des biens. La route Kasumbalesa, véritable cordon nourricier, ne peut rester otage d’une valse-hésitation politique. L’année dernière, la crise s’était résorbée après intervention diplomatique et allègement des taxes. Gageons que les mêmes causes produiront les mêmes remèdes, avant que la gangrène économique ne se généralise.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
