Ce vendredi 15 mai, la Banque centrale du Congo (BCC) a diffusé ses taux de change officiels, fixant le dollar américain à 2 239,3645 francs congolais (CDF), l’euro à 2 623,1388 CDF et le yuan chinois à 329,9551 CDF. Théoriquement, ces valeurs devraient servir de boussole pour toutes les transactions financières du pays. Mais à plus de 800 kilomètres de la capitale, dans la cité diamantifère de Tshikapa, c’est une tout autre réalité qui s’impose.
Sur les marchés parallèles de la ville, le dollar s’échange couramment entre 2 350 et 2 500 CDF, avec des pointes vertigineuses atteignant 2 700 CDF dans certains quartiers. Un écart change entre le taux de change BCC et la rue qui frôle les 20 %, illustrant une fracture monétaire que les déclarations officielles peinent à masquer. Mais le choc est encore plus brutal dans l’autre sens : pour obtenir des francs congolais, plusieurs cambistes imposent des taux allant de 2 000 à 2 100 CDF pour un dollar. Une distorsion qui étrangle littéralement les ménages, pris en étau entre deux feux.
« On assiste à une spéculation qui pénalise les ménages dans les deux sens. Que vous cherchiez des dollars ou des francs, le citoyen ordinaire est toujours perdant », confie un acteur de la société civile du Kasaï. Le franc congolais, soumis à une spéculation effrénée, voit sa valeur quotidienne dictée non par les fondamentaux économiques, mais par les anticipations anxiogènes des cambistes.
Comment expliquer un tel fossé entre les indicateurs de Kinshasa et la réalité de Tshikapa ? Officiellement, la BCC rappelle que ses taux officiels restent la référence légale et invite les opérateurs à s’y conformer. Pourtant, dans les ruelles poussiéreuses de la ville, ces injonctions résonnent comme un vœu pieux face à une économie de l’ombre où la loi du plus offrant règne en maîtresse.
La réponse tient en un mot : confiance. Le marché parallèle prospère sur le terreau fertile de la défiance envers les circuits formels. Les tracasseries administratives, les délais bancaires et la rareté des devises dans les guichets officiels poussent les opérateurs vers les cambistes informels, plus rapides et plus liquides. Ce cercle vicieux alimente un écart change RDC qui, loin de se résorber, se creuse chaque jour davantage.
« Le taux de change BCC n’est qu’un chiffre sur un tableau à Kinshasa. Ici, le vrai taux, c’est celui que le marché impose, souvent sous la pression des commerçants qui doivent importer leurs marchandises », explique un analyste économique local. Ce dollar parallèle, véritable gangrène du pouvoir d’achat, se répercute instantanément sur le prix du riz, du carburant et des fournitures scolaires. Une inflation importée qui fait du franc congolais une monnaie à deux visages.
Pour les plus démunis, chaque transaction devient un casse-tête. Un dollar acheté à 2 500 CDF pour payer un fournisseur étranger revient à grever les marges déjà maigres, tandis que la conversion inverse, à 2 100 CDF, rogne encore un peu plus le panier de la ménagère. La spirale est vicieuse et les coupables désignés, absents.
Alors que la BCC multiplie les rappels à l’ordre et les campagnes de sensibilisation, l’écart ne cesse de se creuser. La vérité du terrain est têtue : tant que le secteur bancaire ne sera pas capable d’irriguer les zones reculées en devises à des conditions compétitives, le dollar parallèle gardera son trône à Tshikapa. « C’est un combat de titans, mais pour l’instant, c’est David qui administre la correction à Goliath », ironise un cambiste.
La route est encore longue pour que les taux de la Banque centrale trouvent un écho dans l’hinterland du Kasaï. En attendant, le franc congolais continue de naviguer à vue, ballotté par les vagues d’une spéculation qui n’épargne personne.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
