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Lydie Kavugho : le thé de la débrouille qui réveille Beni

Chaque jour, avant l’aube, une silhouette se faufile dans les ruelles encore endormies du quartier Matonge à Beni. Lydie Kavugho, 17 ans, n’a pas encore délaissé son uniforme de l’Institut Hodari, mais sa matinée commence par une activité vitale : la vente de thé. Armée de son thermos fumant et de gobelets, elle arpente les artères poussiéreuses, proposant à la criée cette boisson chaude devenue, pour elle, l’unique monnaie d’une survie économique. Ce commerce, en apparence anodin, cristallise une réalité plus large : la résilience économique des femmes du Nord-Kivu dans un environnement miné par l’insécurité et la précarité.

À Beni, ville meurtrie par les conflits armés et les déplacements de populations, le tissu économique s’effiloche. Le taux de chômage tutoie des sommets, surtout chez les jeunes. Pourtant, au cœur de cette adversité, le micro-commerce, comme celui de Lydie, émerge comme un filet de sécurité. La vente de thé à Beni, ce geste répété des centaines de fois par jour, n’est pas seulement une transaction : c’est une valve d’oxygène pour des milliers de foyers. Lydie Kavugho incarne ce sursaut quotidien. À 17 ans, elle a déjà compris que l’entrepreneuriat féminin en RDC ne se décrète pas dans des bureaux climatisés mais se conquiert au coin des rues, à la force des mollets et du sourire.

Comment transforme-t-elle un simple sachet de thé en un levier économique ? La chaîne est connue : achat du thé et du sucre en gros, préparation avant le jour, vente à des prix adaptés à une clientèle ouvrière et modeste. Chaque tasse vendue à 200 ou 300 francs congolais (environ 0,07 à 0,10 dollar) lui permet de dégager une marge infime, mais régulière. Une addition de petits gestes qui, sur un mois, peuvent atteindre l’équivalent d’un salaire minimum informel, selon les fluctuations des prix des intrants. « C’est comme une pompe : il faut amorcer le matin pour que le flux coule toute la journée », confie-t-elle à un proche. Une métaphore qui dit tout de cet équilibriste économique.

Mais ce parcours est semé d’embûches. L’insécurité qui endeuille régulièrement la région de Beni perturbe les circuits d’approvisionnement et réduit parfois à néant une journée de travail. La fluctuation du prix du sucre et du thé sur les marchés locaux rogne davantage une rentabilité déjà fragile. Et l’absence de structuration financière – pas de microcrédit, pas d’épargne formelle – cantonne ces entrepreneures dans un cycle de survie sans véritable accumulation de capital. Pourtant, Lydie persévère. Elle raconte à ses camarades que la régularité est sa seule assurance. Une résilience économique qu’elle partage avec de nombreuses autres femmes du Nord-Kivu, ces « mamans courage » qui, face au vide public, créent leur propre emploi.

Ce phénomène de petit commerce Nord-Kivu dépasse l’anecdote. Dans les quartiers populaires de Beni, Butembo ou Lubero, ces activités informelles représentent plus de 80% des sources de revenus selon des estimations locales. Le thé, la vente de beignets, les petits étals de légumes : autant de micro-entreprises qui irriguent l’économie locale en silence. Lydie Kavugho, elle, symbolise l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneures : jeunes, scolarisées mais contraintes par la conjoncture, elles bricolent leur avenir à la marge de l’école. Une illustration frappante de la manière dont l’entrepreneuriat féminin RDC compense, tant bien que mal, les défaillances structurelles.

Au-delà de la survie, quel message ces femmes adressent-elles aux décideurs ? Que l’économie de la base, si informelle soit-elle, pourrait devenir un puissant moteur de développement si elle était soutenue. Des programmes de micro-finance adaptés, des formations à la gestion de trésorerie, une sécurisation minimale des axes commerciaux suffiraient à décupler l’impact de ces initiatives. En attendant, Lydie et ses consœurs continuent de faire bouillir l’espoir dans leurs thermos, une tasse après l’autre. Peut-être que le prochain bilan de la croissance congolaise devrait intégrer une ligne pour « l’économie du thé » : 5% de résilience, 100% de courage.

Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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