En République démocratique du Congo, le taux de change officiel devient une simple formalité pour de nombreux opérateurs. La Banque Centrale du Congo (BCC) a beau fixer le dollar américain à 2 239,3645 francs congolais, la réalité du marché parallèle, notamment à Tshikapa dans la province du Kasaï, témoigne d’un fossé abyssal. Ici, les transactions informelles dictent leur loi, faisant grimper le billet vert jusqu’à 2 700 CDF, soit un écart de plus de 20 % par rapport au cours de référence.
Comment expliquer un tel décalage entre les cotations officielles et les pratiques de change quotidiennes ? Dans les ruelles commerçantes de Tshikapa, il suffit de s’approcher des cambistes improvisés pour mesurer l’ampleur de la spéculation monétaire. Un dollar se négocie couramment entre 2 350 et 2 500 francs, mais certains points de change affichent des sommets à 2 700 CDF lorsque la demande est forte. Ce phénomène ne touche pas uniquement l’achat de devises. La pression s’exerce également sur ceux qui cherchent à convertir leurs dollars en francs : plusieurs usagers rapportent avoir dû accepter des taux aussi bas que 2 000 ou 2 100 CDF pour un seul dollar. Une double peine qui étrangle le citoyen, pris en étau entre deux marchés défavorables.
Cette distorsion nourrit les critiques de la société civile locale. « On assiste à une spéculation qui pénalise les ménages dans les deux sens. Que vous cherchiez des dollars ou des francs, le citoyen ordinaire est toujours perdant », s’indigne un acteur associatif du Kasaï. Ce constat illustre une véritable perte de contrôle du marché monétaire dans la région, où les taux de change RDC fluctuent au gré des rumeurs et de la rareté des liquidités, bien loin des indicateurs officiels de la BCC.
La Banque centrale rappelle pourtant que ses taux indicatifs restent la seule référence pour toutes les opérations financières. Elle invite la population à s’y conformer afin d’endiguer les abus des circuits parallèles. Mais dans une économie où le dollar sert de monnaie de substitution pour l’épargne et les transactions importantes, et où l’accès aux devises demeure restreint, les incantations peinent à produire des effets concrets. La spéculation monétaire prospère sur ce double déséquilibre : une demande insatiable de dollars et une défiance chronique vis-à-vis du franc congolais, dont la valeur réelle semble se décider davantage dans les arrière-boutiques que dans les bureaux de la BCC.
Le marché parallèle Tshikapa n’est que la pointe émergée d’un phénomène national. Tant que les fondamentaux économiques ne permettront pas de stabiliser le taux de change du dollar en franc congolais, les écarts entre cours officiel et cours informel continueront de creuser les inégalités. À terme, les ménages les plus modestes risquent de subir une érosion accélérée de leur pouvoir d’achat, transformant chaque achat de produits importés en un arbitrage douloureux entre survie et spéculation.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
