Avec une population avoisinant les 20 millions d’habitants, Kinshasa affiche un budget provincial d’environ 1,2 milliard de dollars. Un chiffre qui, comparé aux 10 à 15 milliards de dollars mobilisés par des métropoles africaines de taille comparable, révèle un potentiel fiscal dramatiquement sous-exploité. Pour combler ce fossé, le gouvernement provincial a lancé, jeudi 14 mai 2026, une réforme fiscale à Kinshasa d’une ambition inédite : la création de deux nouvelles régies financières destinées à métamorphoser la mobilisation des recettes.
Lors d’un atelier stratégique réunissant autorités provinciales et experts, les projets de textes instituant la Direction générale des recettes fiscales de Kinshasa (DGRFK) et la Direction générale des taxes de Kinshasa (DGTK) ont été passés au crible. Ces deux entités, véritables poumons d’un système de collecte essoufflé, incarnent la volonté de moderniser en profondeur l’administration financière de la capitale congolaise.
Le constat est sans appel : le dispositif actuel, fragmenté et opaque, ne permet pas de capter la richesse réelle générée par la mégapole. « Cet atelier constitue un véritable cadre stratégique de refondation de l’administration financière de Kinshasa », a souligné le ministre provincial des Finances, Magloire Kabemba, en présentant les missions des futures régies. La DGRFK sera la cheville ouvrière de la fiscalité provinciale : identification de l’assiette, recouvrement des créances, gestion du contentieux, analyse statistique et mise en œuvre du recouvrement forcé. Elle assurera également la liaison avec les partenaires techniques et financiers. En miroir, la DGTK se concentrera sur l’ordonnancement et la perception des droits, taxes et redevances urbaines, avec pour mission de centraliser les flux non fiscaux et d’en produire une photographie statistique fiable.
Cette refonte institutionnelle ne se limite pas à un simple découpage administratif ; elle constitue une véritable thérapie de choc pour la mobilisation des recettes à Kinshasa. En spécialisant les compétences, le gouvernement provincial entend éradiquer les chevauchements, réduire l’évaporation des fonds et instaurer une traçabilité jusqu’ici absente. L’enjeu est colossal : chaque point de pourcentage de pression fiscale gagné se traduirait par des dizaines de millions de dollars supplémentaires pour financer les infrastructures et les services publics d’une ville où les besoins explosent.
Pourquoi une métropole au poids démographique et économique aussi important peine-t-elle à se doter d’un budget provincial à la hauteur de ses ambitions ? La réponse réside en grande partie dans la vétusté des outils de collecte et l’absence d’une stratégie intégrée. Avec la DGRFK et la DGTK, Kinshasa se dote d’instruments comparables à ceux des grandes capitales africaines, capables d’aller chercher la recette là où elle se trouve, du secteur informel aux grandes entreprises, en passant par les taxes urbaines trop souvent ignorées.
Magloire Kabemba a insisté sur le caractère « historique » de cette réforme, qui marque une nouvelle étape dans le processus de modernisation engagé par l’exécutif provincial. Au-delà des textes, c’est une culture de la performance et de la redevabilité qui devra émerger. Les deux régies auront à cœur de produire des données fiables, socle indispensable pour une planification budgétaire crédible et pour rassurer les investisseurs.
Si le chemin vers un budget provincial de 10 milliards de dollars reste long, la création de la DGRFK et de la DGTK constitue un signal fort : Kinshasa ne veut plus être un colosse aux pieds d’argile fiscale. Reste à transformer l’essai en évitant les écueils classiques de la réforme — résistances internes, lourdeurs administratives et nécessité d’outiller ces nouvelles structures en moyens humains et technologiques. L’avenir de la capitale, et la qualité de vie de ses habitants, dépendront de cette mue.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
