À Binza Delvaux, dans la commune de Ngaliema, les habitants n’en peuvent plus. Chaque matin, devant chez eux, ce ne sont pas des voitures en mouvement qu’ils voient, mais des squelettes de tôles tordues, stationnés là depuis des mois. « Regardez ça, c’est devenu un garage à ciel ouvert ! » s’indigne un riverain, le doigt pointé vers une carcasse rouillée qui empiète sur la chaussée. À Kinshasa, le phénomène des véhicules abandonnés prend une ampleur dramatique, et Binza Delvaux en est l’exemple criant.
Sur cette avenue pourtant vitale pour la circulation, une dizaine de carcasses de voitures occupent l’espace public. Certaines, accidentées, n’ont plus de roues, d’autres servent d’ateliers de mécanique improvisés. Un mécanicien, rencontré ce vendredi, le reconnaît sans détour : « Nous occupons cet espace faute de site approprié. Nous demandons aux autorités de nous trouver une solution durable. » Ses outils sont posés sur le capot d’une épave, les pneus s’entassent contre un muret. La scène, devenue quotidienne, illustre un désordre urbain qui ne cesse de s’aggraver.
Mais au-delà du bricolage de survie, c’est toute la vie du quartier qui est bouleversée. La circulation à Binza Delvaux est devenue un calvaire. Les véhicules abandonnés réduisent la chaussée, forçant les rares voitures à slalomer, créant des embouteillages monstres aux heures de pointe. « Ces épaves perturbent fortement la circulation et accentuent les embouteillages. Nous réclamons l’installation d’une fourrière pour les évacuer », tempête un habitant, excédé. Combien de temps encore faudra-t-il risquer un accident pour simplement aller au marché ? La question, lancinante, hante les discussions au coin des rues.
Et comme dans toute situation d’abandon, l’insécurité à Kinshasa prospère. La nuit, ces carcasses deviennent des refuges pour des bandes de jeunes désœuvrés, parfois armés. Des témoignages évoquent des agressions, des vols à l’arraché, perpétrés à l’abri de ces amas de ferraille. « On a peur de rentrer tard. Ces voitures sont des cachettes idéales pour les bandits », confie une mère de famille, la voix nouée. La zone, autrefois paisible, est devenue un coupe-gorge.
Du côté du commissariat de Delvaux, la police ne nie pas le problème. Elle confirme que ces véhicules accidentés restent là en raison de l’absence d’une fourrière fonctionnelle. « Nous n’avons pas de lieu où les remorquer. Ils encombrent la voie publique, mais sans solution de stockage, nous sommes impuissants », admet un officier. Pourtant, des démarches seraient en cours, promet-on, pour organiser leur évacuation. Simple effet d’annonce ou réelle volonté politique ? Les promesses se succèdent, mais les épaves, elles, restent.
Ce chaos à Ngaliema interroge plus largement la gestion urbaine à Kinshasa. Pourquoi une mégalopole de plus de 15 millions d’habitants ne dispose-t-elle toujours pas d’une fourrière digne de ce nom ? Pourquoi les accidents de la route se transforment-ils en occupations permanentes de l’espace public ? Ces questions, les autorités municipales devraient se les poser d’urgence, car derrière chaque carcasse, il y a une famille qui peste, un enfant qui a peur, un commerce qui périclite.
En attendant, les riverains de Binza Delvaux continuent de vivre au milieu des tôles froissées, avec l’espoir ténu qu’un jour, une dépanneuse viendra enfin débarrasser leur avenue. Mais l’espoir, à Kinshasa, a souvent l’odeur de la rouille.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
