AccueilActualitéÉconomieLubumbashi : les femmes minières passent du plaidoyer à l'action

Lubumbashi : les femmes minières passent du plaidoyer à l’action

L’industrie minière congolaise, véritable colonne vertébrale de l’économie nationale, vient de connaître un séisme discret mais porteur d’espoir. Le 13 mai 2026, à l’hôtel Pullman Karavia de Lubumbashi, la première édition du forum Women in Mining Haut-Katanga a fait trembler les plafonds de verre. Sous le thème « Gouvernance transformationnelle et inclusion », cet événement inédit a réuni autorités publiques, géants miniers et société civile autour d’un objectif clair : faire passer l’inclusion des femmes dans le secteur extractif du stade des discours à celui des actes.

Dans un pays où le cuivre et le cobalt pèsent plus de 20 % du PIB, la sous-représentation féminine est un paradoxe économique. Les femmes, souvent reléguées aux tâches périphériques, constituent un gisement inexploité de compétences. À Lubumbashi, l’heure n’était plus aux constats, mais aux solutions. Les débats ont révélé une conviction partagée : le leadership féminin minier n’est plus une option, mais une nécessité pour renforcer la résilience d’un secteur trop longtemps monocorde.

Mais pourquoi faudrait-il une révolution culturelle pour que les compétences féminines, pourtant avérées, accèdent aux postes de décision ? Joe Barry Kasanda, de la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) Haut-Katanga, a résumé cette urgence avec une franchise désarmante : « Les femmes se débrouillent mieux que les hommes. D’un point de vue professionnel, il n’y a aucun frein qui puisse empêcher les femmes d’atteindre des postes décisionnels. » Ce constat partagé cache pourtant des barrières tenaces : stéréotypes, absence de réseaux, pesanteurs culturelles que Dorothée Maselle a dénoncées avec vigueur. « En RDC, nous n’avons plus de raisons pour ne pas favoriser l’inclusion. Les compétences sont là ; ce sont les stigmates culturels qui marginalisent les femmes. »

Le forum de Lubumbashi a été plus qu’un lieu de paroles. Il a posé les jalons d’un réseau structuré dédié à l’autonomisation et à l’excellence des femmes dans l’extraction. Des engagements concrets ont émergé, tant du législatif que de l’exécutif provincial. Madame Liliane Komba, Vice-présidente de l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga, a annoncé un projet d’édit visant à « protéger les femmes et les enfants dans les mines, et supprimer la présence des hommes en armes ». Une avancée juridique qui, si elle se concrétise, pourrait sécuriser les sites miniers et encourager l’emploi féminin.

Du côté de l’exécutif, la ministre provinciale du Genre, Coco Kanku, a décliné une feuille de route ambitieuse : renforcer l’accès des filles aux formations techniques, promouvoir des recrutements sensibles au genre, lutter contre les discriminations et les violences basées sur le genre, et soutenir l’entrepreneuriat féminin dans la chaîne de valeur minière. « Notre engagement politique s’articule autour de priorités majeures qui, mises bout à bout, peuvent inverser la tendance », a-t-elle souligné.

L’implication des entreprises n’est pas en reste. MMG Kinsevere, sponsor Gold du forum, et Ruashi Mining ont démontré que l’industrie prenait conscience de l’enjeu. Leur présence aux côtés de la FEC Haut-Katanga témoigne d’un début de responsabilité sociale qui dépasse la philanthropie pour embrasser une véritable transformation structurelle. Car inclure les femmes dans les mines en RDC, ce n’est pas seulement une question d’équité : c’est un levier de productivité et de stabilité dans les zones d’exploitation.

Pourtant, des obstacles demeurent. L’arsenal juridique congolais est riche en principes protecteurs, mais il reste largement inappliqué. Le défi est celui de la mise en œuvre. Comment passer des lois aux actes ? Le forum Women in Mining Haut-Katanga a esquissé une réponse : par un plaidoyer collectif, un suivi rigoureux, et la pression constante de réseaux professionnels féminins désormais connectés.

L’adjoint au maire de Lubumbashi, Patrick Kafwimbi, a rappelé le devoir des autorités : « Nous avons l’obligation de soutenir ces initiatives qui impliqueront les femmes dans les instances de décision, rendant ces femmes ambitieuses et augmentant les potentialités de développement. » Une reconnaissance implicite que le potentiel économique du pays ne pourra s’épanouir pleinement sans l’apport des femmes.

Au-delà des discours, cette première édition a semé les graines d’un écosystème. Des mentorats, des formations et des partenariats ont été esquissés. À Lubumbashi, les femmes dans les mines ont prouvé qu’elles n’attendent plus d’être invitées : elles prennent place. Si la dynamique se confirme, le secteur extractif congolais pourrait bientôt exhiber un nouveau visage, plus inclusif et, sans doute, plus performant. Car comme le disait un vieil adage minier, « le minerai le plus riche est celui qu’on croyait sans valeur ». Les femmes du Haut-Katanga sont en train de prouver le contraire.

Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd

Commenter
Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Are you human? Please solve:Captcha


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 14 Mai 2026

Crise sécuritaire à l’Est, révélations sur des détournements d’État, crise sanitaire en Ituri, relogement majeur à Kananga, innovation bancaire à la CADECO, tensions autour de la Constitution, et bras de fer rwandais : voici l’actualité majeure du 14 mai 2026 en RDC.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques